lundi 20 août 2012

¡ Que calor !

Difficile de faire quoi que ce soit en ce moment tellement la chaleur est assommante. Pour ne rien arranger, presque tout est sec, ce qui limite énormément les possibilités de récoltes sauvages.

De passage dans les Pyrénées Orientales, j'en ai profité pour tester une plante membre d'une famille qui ne redoute pas du tout les conditions actuelles : celle des cactus ou plus précisément celle des cactacées.

Le cactus en question est d'ailleurs assez connu pour ses fruits, les figues de Barbarie, qu'on trouve souvent sur les étals au milieu des mangues, goyaves et autres papayes. Mais contrairement à ce que laisse penser le qualificatif « exotique », le figuier de Barbarie (genre opuntia) existe à l'état sauvage en Europe et tout particulièrement en France.

Il est même assez répandu sur les bords de la Méditerranée qu'il a colonisés depuis son introduction en Espagne aux alentours de 1500, sa région d'origine se situant plutôt en Amérique centrale (au Mexique, la plante est appelée « nopal »). Ce sont principalement les marins de l'époque qui sont à l'origine de sa grande dispersion, car la figue de Barbarie, du fait de sa haute teneur en vitamine C était embarquée et consommée pour lutter contre le scorbut.

Mais aujourd'hui, ce n'est pas du fruit qu'il est question mais des raquettes constituant le branchage de ce cactus. Les jeunes cladodes (terme botanique désignant ces raquettes) sont en effet comestibles. Elles sont d'ailleurs fréquemment consommées en Amérique Centrale sous le nom de « nopalitos ». Leur goût acidulé est particulièrement agréable.

Ne vous précipitez pas pour autant sur le nopal le plus proche. Car avant d'en consommer, il y a plein de choses à faire et c'est là que ça devient un peu plus sportif...

Tout d'abord, chaque raquette est couverte de bourgeons regroupant deux sortes de « pics » dont il faut se débarrasser. Ce n'est pas véritablement un problème avec les épines, celles-ci étant longues, épaisses et en petit nombre (selon les espèces, on en compte souvent de 0 à 3 par bourgeons, mais certaines comme celle que j'ai rencontrée ici n'en ont pas). C'est principalement avec les glochides que ça se complique. Plus fines que des cheveux, ces épines de quelques millimètres de long sont recouvertes d'écailles les transformant en véritables harpons microscopiques, capables de se planter dans la peau. Et nul besoin d'exercer la moindre pression pour cela : effleurer un bourgeon suffit pour se retrouver avec une dizaine de glochides plantés dans le doigt ! C'est une chose à éviter car ceux-ci sont presque invisibles et très cassants, rendant pénible leur extraction. En faisant bien attention ou en utilisant des gants épais en caoutchouc, il est possible de se débarrasser de ces bourgeons en carottant au couteau ceux situé sur la raquette et en découpant son pourtour pour ceux situés en bordure.

Ensuite, vous vous apercevrez très vite d'une autre particularité du figuier de Barbarie : il possède une chair extrêmement mucilagineuse, au point qu'on pourrait croire que la plante bave par toutes ses blessures. Et pourtant, elle est comestible crue (c'est ainsi qu'on profite au mieux de ses vitamines), mais pas forcément agréable à déguster. Pour se débarrasser de liquide visqueux, il est donc nécessaire de cuire les cladodes, soit dans de l'eau, soit en les grillant.

Salade estivale aux Nopalitos

Ingrédients (entrée pour 4) :

  • 3 jeunes raquettes de figuier de Barbarie (nopalitos)
  • 1 poivron jaune
  • 2 belles tomates
  • 1 oignon doux
  • Quelques branches de criste marine
  • Un peu de jus de citron vert
  • Un peu d'huile d'olive
  • Sel et poivre

Préparation :

  • Retirer toutes les épines des nopalitos
  • Bien les laver avant de les plonger dans de l'eau bouillante salée
  • Les cuire 10 minutes avant de les refroidir en les plongeant 5 minutes dans de l'eau glacée
  • Les sécher et les débiter en cubes
  • Débiter également en cubes le poivron et les tomates
  • Placer le tout dans un saladier avec l'oignon émincé et la criste hachée
  • Saler, poivrer et arroser de quelques gouttes d'huile d'olive et de citron vert
  • Servir en remuant un minimum (évite la sécrétion du mucilage restant)

 

Erratum :
L'espèce de figuier de barbarie trouvée ici serait plutôt opuntia stricta (et non opuntia ficus-indica comme écrit initialement). Il semblerait que cette oponce se soit naturalisée sur toute la Côte Vermeille. Quoi qu'il en soit, la confusion ne prête pas à conséquence car les opuntia sont globalement comestibles. A noter que :
 - Les vieilles cladodes de « ficus-indica » forment un tronc à sa base, ce qui n'est pas le cas chez « stricta ».
 - L'espèce « stricta » monte peu (rarement au dessus de 1m), contrairement à « ficus-indica » qui peut atteindre 3m.
 - Le fruit de « ficus-indica » (en forme d'un petit tonneau bombé, de couleur jaune-orangé à maturité, tirant parfois sur le violet) est plus goûteux que celui de « stricta » (forme plus conique et couleur violette à maturité), plus fâde.

4 commentaires:

  1. hello
    pour oter le caractère gluant du nopales, il faut ajouter à l'eau de cuisson un morceau de cuivre (piéce de monnaie, bout de tuyau etc ) et bien rincer aprés.
    @+

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    1. Merci du conseil. J'ai maintenant quitté la région, mais j'espère avoir rapidement l'occasion de tester ce "truc".

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  2. Bonjour Nicolas. J'ai vécu à Collioure durant 3 mois en 1997. Visitant la région, j'ai vu en bordure de la route en corniche qui va vers l'Espagne, des champs d'opuntias. Il m'a été dit qu'un agriculteur les avait plantés pour recommencer l'élevage de la cochenille, ce colorant "cramoisi" naturel extrait de ce parasite et utilisé en charcuterie...je ne sais pas ce que c'est devenu...
    Bonne journée !

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    1. Je n'ai pas vu de tels champs, mais je n'ai (malheureusement) pas eu l'occasion de beaucoup tourner dans le coin. Mais avec de tels parasites, c'est le genre de voisin que beaucoup d'autres agriculteurs doivent craindre !
      Au passage : En cherchant plus d'informations sur ce type de culture, je me suis rendu compte d'une erreur d'identification (sans conséquence) sur l'espèce d'oponce que j'ai rencontrée (cf. erratum au bas du billet).

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