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lundi 13 mai 2013

Balade dans les hauteurs ardéchoises ...

... pour faire suite au billet précédent et ne pas faire de jaloux dans l'éternelle rivalité entre Drôme et Ardèche...

On commence par les bois encore frais du nord de l'Ardèche où la cardamine impatiente est en fleurs.
Cardamine impatiente (cardamine impatiens). Son goût légèrement piquant
rappelle celui des autres cardamines, sans aucune amertume. Les têtes florales sont
particulièrement  intéressantes, pour leur gout d'une part, mais également
pour leur aspect décoratif dans une salade.

Dans ces mêmes bois, on aperçoit les tiges violacées des pousses de fragon, au milieu de leurs congénères des années passées.
Fragon ou petit houx (ruscus aculeatus). Ses jeunes pousses sont comestibles,
mais deviennent vite amères avec l'âge. Plus tard, elles sont trop ligneuses et
surtout très piquantes ! Attention, leurs fruits (des baies rouges) sont toxiques.

Juste à côté, les frêles silhouettes du conopode dénudé cachent un trésor comestible insoupçonné. Et comme tout bon trésor, pour le trouver, il faut creuser !
Conopode dénudé (conopodium majus) ou noix de terre.
 Sa racine forme un tubercule rond recouvert d'une peau sombre. Facile à retirer,
celle-ci cache une sorte de noix comestible à la chair blanche et croquante
dont le goût rappelle tout à fait celui de la noisette verte.

Sortis des bois, sur les coteaux marneux bien exposés, les rosettes de la laitue vivace se déploient. Dans le nord du département, elles commencent à peine à monter.
Laitue vivace (lactuca perrenis), très polymorphe comme on peut le voir sur ces deux photos.
 Cette salade sauvage est un véritable délice. Moins amère que le pissenlit,
voire même parfois très douce, elle mérite d'être essayée. A cueillir avec
modération (elle est même protégée dans certaines régions).

Un peu d'ombre et de fraîcheur et c'est au tour des nombrils de Vénus d'occuper le terrain.
Ombilic (umbilicus rupestris) ou nombril de Vénus.
Ses feuilles gorgées d'eau sont comestibles, mais lorsque la plante
monte (comme en ce moment), elles gagnent en amertume.

Un petit morceau de terre un peu plus riche et ce sont les graminées qui monopolisent l'espace...
Quoique... au milieu, une silhouette un peu plus charnue se détache : c'est un salsifis des prés encore en bouton.
Salsifis des prés (tragopogon pratensis). Sa racine est comestible avant que la
plante ne monte. Plus tard, elle devient trop ligneuse, mais on peut se rattraper
en dégustant ses feuilles, ses tiges encore tendre ou ses fleurs en bouton.
Quelle que soit la partie utilisée, on retrouve la douce saveur de la racine.

Il est maintenant temps de descendre dans le sud, pour arpenter les rives de l'Ardèche. Un petit tour rapide par le village d'Audon... pas mal !
Audon (Ardèche)

Ici aussi, on trouve de la laitue vivace, mais elle a quelques semaines d'avance sur celle du nord et forme de véritables constellations d'étoiles bleues.
Fleurs de laitue vivace (lactuca perrenis).

Autres fleurs admirables, celles d'un ail discret qui cache bien son jeu.
Ail rose (allium roseum)

Plus on descend le long de la rivière, à l'approche des fameuses gorges, et plus on voit de grandes branches aux feuilles extrêmement découpées sortir de terre. Leurs faux-airs de fenouil géant ne doit pas vous tromper, car il s'agit de férule, une plante toxique.
Férule commune (ferula communis), toxique.
A son apogée, la plante peut dépasser les 2 mètres.

On ne pouvait pas parler de l'Ardèche sans parle de Vallon Pont d'Arc, mais si vous voulez l'approcher par la plage, il vous faudra sortir le porte-monnaie !
Le pont, vu depuis la route.
Au fond, les malheureux touristes, bloqués par le péage :
1,5 euros pour une photo et tremper ses pieds, ça fait cher !

Petit à petit, nous nous rapprochons du Rhône et les gorges étroites laissent maintenant place à la garrigue.
La sarriette est encore loin d'y faire des fleurs, mais quelques belles pousses ont déjà fait leur apparition.
Sarriette des montagnes (satureja montana), au parfum intense.
Contrairement à la sarriette des jardin (satureja hortensis) qui est une plante annuelle,
la sarriette des montagnes est pérenne (sous-arbrisseau).

On finit par le roi de la garrigue, le thym ou pour se mettre aux couleurs locales, la farigoule. En ce moment, il suffit de faire quelques pas dans la garrigue pour s'enivrer de son parfum !
Thym commun (thymus vulgaris), en plein floraison.

dimanche 16 janvier 2011

Piquant

Ces grandes rosettes de feuilles très découpées qu’on pourrait prendre pour de la moutarde sont celles de la ravenelle (raphanus raphanistrum), un radis sauvage. J’en avais déjà parlé dans ce blog à propos des feuilles, mais en ce moment c’est plutôt la période pour les racines qui sont particulièrement bien développées et pas encore ligneuse.

Par leur aspect, elles s’apparentent plus aux grands radis blancs ou aux daïkons japonais qu’aux petits radis roses qu’on achète en bottes. J’en trouve souvent lorsque je me ballade sur la côte mais pas que... J’ai récemment eu l’occasion d’en trouver en grand nombre dans de vieilles friches, en plein milieu des terres.

Pour avoir une idée du goût des racines de la ravenelle, il suffit de se rappeler le radis rose le plus fort que vous ayez jamais mangé et vous vous en rapprocherez. Pour tout dire, ce piquant se rapproche énormément de celui du raifort. Râpée, la racine de ce dernier est utilisée comme condiment, ersatz de la moutarde. Alors avec les quelques beaux tubercules que j’ai prélevé, j’ai tenté de voir ce que ça pouvait bien donner avec la ravenelle.
 

Condiment de ravenelle

Ingrédients (pour environ 400ml) :

  • 500g de racines de ravenelles
  • 10cl de vinaigre blanc à 8%
  • 20g de sel fin

Préparation :

  • Bien laver les racines avant de les peler
  • Les râper le plus finement possible
  • Les mélanger ensuite avec le vinaigre et le sel avant de mettre en pot

Pour tester cette préparation, j’ai cherché quelques recettes utilisant de la moutarde dans le but de la remplacer par ma ravenelle râpée. Et là, j’ai tout de suite pensé à une tarte au thon, simple et rapide à préparer : la recette idéale pour inaugurer mon pot.

Tarte au thon et radis sauvage

Ingrédients (5 tartelettes) :

  • 250g de pâte brisée
  • 150g de thon en boite égoutté
  • 200g de petites tomates
  • 5 bonnes cuillères à soupe de ravenelle râpée au vinaigre
  • 40g de fromage râpé
  • 10cl de crème fraiche

Préparation :

  • Préchauffer le four à 180°C
  • Chemiser les moules à tartelette (beurrer et fariner légèrement)
  • Découper la pâte brisée en 5 disques
  • Les placer dans les moules et en piquer le fond
  • Répartir la ravenelle au fond de chacune des tartelettes
  • Recouvrir ensuite avec le thon émietté
  • Continuer avec les tomates découpées en rondelles
  • Finir avec le fromage râpé et la crème
  • Enfourner pour 20 à 25 minutes

Comme en ce moment, avec le redoux, les plantes à salade commencent à faire leur apparitions, ça a été l’occasion d’utiliser les dernière rosettes de cardamine des bois (cardamine flexuosa) qu’il me restait ainsi que de l’ombilic (umbilicus ruspestris) et de la doucette (valerianella locusta) récemment glanés. Pour une fois, les nombrils de Vénus (autre nom de l’ombilic) n’étaient pas amers, peut être simplement parce qu’ils sont tous jeunes et qu'ils ont profité de l'humidité ce beau vallon dans lequel je les ai débusqués.

Jeune aussi était la doucette. Les rosettes n’étaient pas bien grosses, mais leur nombre compensait...

Comme toujours avec les salades sauvages, il ne faut surtout pas négliger leur nettoyage : une première fois à l’eau pour éliminer terre et sable, une seconde fois à l’eau vinaigrée pour le lavage fin, l’élimination des insectes, limaces et autres indésirables, une troisième fois pour le rinçage afin d’éviter que l'acidité du vinaigre ne cuise les plantes.

lundi 9 novembre 2009

Repos

Il y a des moments où les congés sont encore plus attendus que d’habitude. C’était vraiment le cas vendredi soir, et aujourd’hui je savoure ces quelques jours de répit passés entre Drôme et Ardèche.

La Drôme, vue depuis l'Ardèche. Au loin, la silouhette des Trois Becs, points culminant du massif de la forêt de Saou.

A défaut de cueillettes – avec le froid, la plupart des plantes sauvages ont commencé leur hibernation – c’est au moins l’occasion de prendre l’air. Les quelques champignons grappillés de-ci de là nous ont permis de faire une omelette (coulemelles et marasmes des oréades). La seule et unique pézize orangée trouvée était trop vieille pour être cueillie.

Pézize orangée (peziza aurantia), plus toute jeune

De toute façon, il en aurait fallu un peu plus pour pouvoir en faire une salade.

Autant utiliser de l’ombilic, plus facile à trouver et surtout rarement seul. Ses feuilles centrées sur des tiges tubulaires évoquent un peu la forme de champignons, mais il s’agit bien de végétaux.

Ombilic (umbilicus rupestris), ou encore nombril de Vénus

L’amertume qu’elles ont parfois en limite l’usage à la décoration des salades. Mais lorsqu’elle n’est pas présente, ces petites coupelles charnues gorgées d’eau donnent une touche rafraichissante. On peut aussi les utiliser comme condiment, macérées dans le vinaigre.

Comme avec toutes les plantes mangées crues, le lieu de récolte doit être sain et le lavage à l'eau vinaigrée doit être rigoureux

Petit détail amusant quand on les lave : la forme des coupelles fait ventouse et certaines adhèrent aux parois du récipient dans lequel on les nettoie.

jeudi 14 mai 2009

Dips sauvages

Salsifis des présLa cueillette de dimanche dernier a était très fructueuse. Les grappes de fleurs de robinier utilisées pour les beignets n’étaient qu’un avant goût, ou plutôt un « après goût » vu que c’est un dessert. La balade au cours de laquelle nous avons fait cette cueillette nous a également permis de récolter pousses de fragon, boutons de fleurs de salsifis des prés et feuilles d’ombilic.

Et oui, j’aime bien les ersatz sauvages d’asperge... Le fragon, que j’ai découvert récemment, en est un que j’apprécie particulièrement. Ce n’est pas le cas de tout le monde à cause de leur amertume qui, nous l’avons remarqué au cours de la dégustation, est plus marquée dans les pointes. Mais on peut l'atténuer voire la neutraliser avec un assaisonnement aussi simple qu'un mayonnaise. Attention alors à ne pas se laisser emporter, le fragon c’est léger, mais la mayo l’est beaucoup moins.

Pour accompagner ces pousses et apporter un peu de douceur, les salsifis des prés trouvés au cours de notre balade tombaient à pic. Les tendres boutons de cette plante aux pétales dorés ont une douce saveur d’artichaut.

Quelques feuilles d’ombilic, charnues et gorgées d’eau, complètaient une entrée 100% verte et sauvage. En ce moment, le nombril de vénus (c’est aussi un des noms de l’ombilic) est en fleur. Nous pensions que ses feuilles seraient amères, comme le sont celles de beaucoup des plantes comestibles lorsqu’elles fleurissent... Que nenni ! Aucune amertume en bouche mais au contraire douceur et fraicheur.

Ombilic ou nombril de Vénues Ombilic ou nombril de Vénues

Dips sauvages de fragon, salsifis et ombilic

Ingrédients (entrée pour 4):

  • Une vingtaine de pousses de fragon
  • Une vingtaine de boutons de salsifis des prés
  • Une vingtaine de feuilles d’ombilic
  • Mayonnaise
Dips sauvages de fragon, salsifis et ombilic

Préparation :

  • Laver à l’eau vinaigrée les pousses de fragon, les boutons de salsifis et les feuilles d’ombilic
  • Egoutter les feuilles d’ombilic et réserver
  • Ebouillanter les pousses de fragon 5 minutes avant de les plonger dans de l’eau très froide, égoutter et réserver
  • Ebouillanter 2 minutes les boutons de salsifis avant de les plonger dans de l’eau très froide, égoutter et réserver
  • Servir avec la mayonnaise

mardi 25 novembre 2008

De l'anatomie végétale d’une déesse

La déesse en question s’appelle Vénus, divinité de la beauté. Son anatomie est un répertoire dans lequel les botanistes sont allés puiser pour baptiser des plantes.

Ombilic ou nombril de Vénus

Commençons par le haut avec les « cheveux de Vénus », une variété de fougères. Pour les coiffer, la déesse devait certainement utiliser un « peigne de Vénus » (plante à ombelles). Juste en dessous, les « sourcils de Vénus » (autre nom donné à l’achillée millefeuille) soulignaient le regard de la déesse, qu’elle devait certainement admirer dans un « miroir de Vénus » (plante herbacée à fleurs violettes). Plus bas le regard d’Adonis (qui fût son amant) fut surement attiré par le « nombril de Vénus » (autre nom de l’ombilic). Et encore plus bas, le « sabot de Vénus » (orchidée) devait chausser ses pieds biscornus (vu la forme du sabot en question!) bien que divins.

Salade d'ombilic, oseille, stellaire et égopode

De mon coté, je me suis contenté du nombril. La vallée du Lude, un ruisseau se jetant dans la baie du Mont Saint-Michel, en était pleine. Ses feuilles sont très tendres mais avec un brin d’amertume : très bien pour une salade à condition de neutraliser cette amertume. C’est chose faite avec l’acidité de petites feuilles d’oseille sauvage et la saveur sucrée du vinaigre balsamique accompagné d’huile de noix et de quelques gouttes de citron vert. Quelques brins de stellaire intermédiaire et de toutes jeunes repousses d’égopode ramassés au même endroit sont venus compléter cette salade sauvage.

Stellaire, ombilic et oseille réunis

Attention aux risques de confusion entre la stellaire (aussi appelée mouron blanc) et le mouron rouge qui est une plante toxique.

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