mercredi 13 août 2014

Une rando qui finit en confiture

Ce matin-là, il fallait se lever tôt pour arriver au vallon de Combeau au petit matin, avant le débarquement de la foule...

Le soleil à peine levé depuis une demi-heure, nous entamions le début de la montée : un agréable et large sentier serpentant entre les pins dans la prairie, pénétrant de plein pied dans la réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors... Passée cette limite : la cueillette était interdite. Mais la beauté du site compensait largement comme j'espère pouvoir vous en convaincre...

Partout, le blanc rosé de nombreux œillets de Montpellier capturait la lumière du levant.

Un peu plus haut, deux marmottes se dégourdissaient les jambes à l'entrée de leur terrier.

Première halte au Pas de l'Essaure pour découvrir un splendide panorama avec au loin la silhouette des sommets du massif des Écrins et plus près, sur la gauche, le profil caractéristique du Mont Aiguille (cliquer [ici] pour avoir l'image avec une meilleure résolution).

L’ascension continuait, sans grande difficulté, ce qui nous permettait d'admirer la flore de ce mois d'août très particulier, où les plantes ne savaient plus trop si elle devaient continuer de pousser, fructifier, faner ou sécher. Dans toute cette pagaille, comme un seul homme, les nombreuse fleurs roses de la bétoine hérissée (stachys pardica) colonisaient les bords des dolines, ces trous de forme plus ou moins conique façonnés par l'eau dans le sol calcaire.

Presque aussi nombreuses, les fleurs de la brunelle à grandes fleurs (prunella grandiflora) rajoutaient une touche de bleu au tableau déjà très coloré.

Avec un temps humide comme celui que nous avions eu les jours précédents, il ne fût pas surprenant de tomber sur deux ou trois champignons. Pourtant, malgré l'humidité des nuits, la chaleur estivale de quelques jours ensoleillés avait suffit à craqueler le chapeau de ce bolet blafard (boletus luridus).

Au fil de l’ascension, le décor s'ouvrait, laissant apparaître au Sud-Est les reliefs du Dévoluy, flottant dans un océan de brume.

Mais il ne fallait pas trop se laisser distraire par les paysages, au risque de passer à côté de quelques curiosités (et accessoirement de se fouler la cheville), comme les longues inflorescences du trèfle rougeâtre (trifolium rubens)...

... comme ces gentianes champêtres (gentianella campestris) à la gorge munie de cils...

... comme ce "champ d'ail" formé par les inflorescences de ce qui pourrait être de l'ail raide (allium lineare) ...

... comme ces étoiles roses formées par les fleurs de la joubarbe (je penche pour sempervivum arachnoideum, malgré un manque certain de poils sur les rosettes, peut-être inutiles à cause d'un été très humide)...

... comme les magnifiques fleurs pourpres de cette orchidée (epipactis atrorubens) qu'on ne s'attendait pas à trouver ici, car plutôt habituée aux sous-bois...

... comme les couleurs de ces asters des Alpes (aster alpinus)...

... comme le port élancé de cette gentiane jaune (gentiana lutea), encore en fleur alors que toutes ses congénères autour avaient été dévorées par je ne sais quel herbivore, contredisant ce que je pensais jusqu'alors quant à l'amertume de la gentiane (je la croyais être un mécanisme de défense efficace contre les brouteurs)...

Peut-être fallait-il chercher le coupable parmi ces quelques vaches que nous avions rencontrées sur le chemin...


Ou peut-être se cachait-il parmi ces nombreux moutons que les patous gardaient jalousement, dissuadant jusqu'aux randonneurs de s'approcher de leurs protégés.

Une certitude pourtant : quel qu'ait été ce coupable, il n'aurait jamais touché au fatal aconit tue-loup (aconitum lycoctonum), extrêmement toxique.


Toute autre affaire avec le fenouil des Alpes (meum athamanticum) : Que ce fut difficile de ne pas se laisser tenter et de ne pas cueillir tout de suite quelques plumeaux au délicieux parfum anisé et quelques graines au goût de céleri. Pour me laisser aller, il me faudrait attendre d'être en dehors des limites de la réserve naturelle : de quoi être jaloux des moutons !

Et c'est alors que nous arrivions sur les hauteurs de la plaine de Chamousset que les vautours ont fait leur apparition, décrivant de grands cercles au dessus de nos têtes à la recherche de courants ascendants, mais aussi sans doute de quelques subsistances.

Cette carcasse de mouton retrouvée à proximité ne leur suffisait sans doute pas. Leur travail de nettoyage avait pourtant été exécuté méticuleusement : il ne restait littéralement que la peau sur les os. Quant à l'origine du drame : le loup était tout de suite venu à notre esprit, nous rappelant qu'il est maintenant de retour dans ces montagnes.

Enfin, nous voilà presque arrivés au point culminant de notre périple : le petit sommet de la Tête Chevalière (1950 m), nous permettant d'admirer devant nous deux sommets symboliques du Vercors : à gauche, le Grand Veymont, point culminant du massif (2341m) et à droite, le Mont Aiguille, une sorte de "mini tepuy" (2087m).

Nous permettant par la même occasion d'admirer le vol gracieux des maîtres aériens de ces lieux : les vautours fauves...

... qu'on aurait pu croire en représentation à leur façon de se prêter au jeu des photos ! Pour couronner ce magnifique spectacle naturel, la quasi-absence de vent ainsi que la proximité de leur vol nous permettait d'entendre le sifflement de l'air fendu par leurs grandes ailes.

C'était malheureusement l'heure de repartir... sans oublier de regarder le sol de temps en temps, malgré la présence en l'air de ces géants des airs qui, ô bonheur, avaient décidé de nous accompagner dans notre début de descente (ou d'atterrissage, tellement nous étions sur un nuage). La carline acaule (carlina acaulis) que voici avait ainsi pu échapper à nos pas songeurs... 

Plus bas... Beaucoup plus bas... alors que de nouveau un filet d'eau coulait au cœur du vallon, les cirses laineux (cirsium eriophorum) étaient là avec leurs piquants pour maintenir les marcheurs rêveurs dans le droit chemin...

...chemin en bordure duquel les grappes de fruits du sureau rameux ou sureau rouge (sambucus racemosa) nous rappelèrent que nous étions sortis de la réserve et que la cueillette était à nouveau autorisée (on ne se refait pas...).

A peine quelques heures plus tard, les fruits égrainés, cuits, puis pressés et filtrés avaient donné leur jus, finalement transformé après ajout de sucre et une nouvelle cuisson, en une gelée à la belle couleur rose corail. Délicieuse, son goût acidulé rappelait étrangement la gelée de groseille. La récolte n'était pas bien lourde, mais les petites baies, très juteuses, permirent quand même de remplir 3 pots !

Note: Les fruits du sureaux rameux sont émétiques (ils font vomir) lorsqu'ils sont crus et leurs graines sont légèrement toxiques, elles doivent donc être filtrées. En contrepartie, ces fruits sont pleins de pectine et peuvent être utilisés avec d'autres pour favoriser leur gélification.

2 commentaires:

  1. ma soeur fait ses confitures avec le sureau noir, mais il ne faut pas confondre le bon et le mauvais sureau noir! Le tien a une belle couleur rouge!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, le "mauvais", c'est le sureau hièble (ou yèble, les deux orthographes étant utilisées) => sambucus ebulus.
      Contrairement au sureau rameux (sambucus racemosa, celui du billet qui donne cette gelée rose-rouge) ou au sureau noir (sambucus nigra, dont j'ai déjà parlé à de multiples reprises dans le blog. cf [ces différents articles déjà postés]), c'est une plante herbacée (haute, certes, mais herbacée quand même) alors que les deux autres sont des arbres (arbrisseau pour racemosa).
      Une remarque au passage concernant le hièble : sa toxicité est loin d'être violente et se traduit surtout par des vomissements (effet émétique).
      A noter que c'est également le cas des fruits crus du sureau rameux et à moindre mesure du sureau noir...

      Supprimer

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...