dimanche 27 octobre 2013

Fausse morille pour vrai repas

Voici deux de ces fausses morilles, l'une à laisser de côté, l'autre à ne surtout pas laisser ...

La première, c'est l'helvelle crépue, à laquelle on attribue parfois le nom de "morille d'automne". Et à la voire, on comprend tout à fait pourquoi... à la toucher encore plus. Son pied est assez étrange, lacuneux, donnant l'impression d'une feuille de papier froissé au dessus de laquelle on aurait essayé de placer une autre feuille, plus petite et mal défroissée en guise de chapeau.
A l'instar de champignons comme les gyromitres, les helvelles crépues ont longtemps été réputées comestibles (une fois cuites), mais elles sont désormais majoritairement considérées comme toxique par beaucoup d'auteurs, suite à des études plus poussée.
Conséquence : Jusqu'à récemment, il m'arrivait d'en consommer de temps en temps (comme par exemple [ici]), mais maintenant, ce n'est plus pour moi qu'un champignon photogénique qui reste en dehors de mon panier...

Helvelle crépue (helvella crispa).
Alors qu'on croyait encore récemment que les toxines qu'elle contient étaient
thermolabiles (destruction par la chaleur), la mise en évidence de méthylhydrazine
(un composé toxique cancérogène) a remis en cause sa comestibilité.

La seconde, c'est le sparassis crépu, qui se fait aussi appeler "morille des pins". Toutefois, la ressemblance avec une morille n'est pas des plus flagrantes. C'est sans doute pourquoi on le trouve plus généralement en vente sous le nom de "crête de coq". Car ce sparassis est un champignon qui se vend de temps à autres sur quelques bons marchés. Il est à la fois apprécié pour sa saveur particulière, sa texture non-moins atypique et son aspect des plus étranges. Les spécimens les plus développés peuvent dépasser 40cm de diamètre et atteindre des poids de plusieurs kilos, ce qui en fait donc aussi un excellent champignon du point de vue des vendeurs !

Sparassis crépu (sparassis crispa) ou clavaire crépue.
C'est au pied des conifères et particulièrement au pied des pins qu'on le trouve.
Les spécimen bien sortis de terre (comme celui de la photo) sont à préférer,
quitte à y laisser leur pied, car il est très difficile de les nettoyer.

A noter qu'il existe d'autres sparassis, plus rares, comme par exemple sparassis brevipes (je ne lui connais pas de nom vernaculaire), dont l'aspect des lanières est plus laminaire et dont la couleur est plus claire.

Sparassis brevipes, comestible médiocre.
Contrairement à la morille des pins, ce sparassis-là préfère les feuillus (ne pas se
laisser berner par la photo dans laquelle on aperçoit des aiguilles de pins : la souche
au pied de laquelle ce champignon pousse est bien celle d'un chêne).

Magret de canard et morille des pins en crème

Ingrédients (pour 2) :

  • Un beau magret de canard
  • 400g de morille des pins
  • 15cl de crème épaisse
  • 1 oignon moyen
  • 1 gousse d'ail
  • Sel et poivre

Préparation :

  • Nettoyer la morille des pins à l'eau (à laquelle on pourra ajouter un peu de vinaigre pour en chasser les "habitants" indésirables)
  • L'ébouillanter 5 petites minutes avant de la plonger dans de l'eau glacée
  • Égoutter, presser et réserver
  • Quadriller la peau du magret au couteau avant de le saler et de le poivrer
  • Le mettre peau en bas dans une poêle bien chaude et commencer la cuisson à feu vif, sans le retourner
  • Lorsque la peau a bien rendu sa graisse, retourner le magret
  • Ne le remettre côté peau que lorsque la chair a pris un belle aspect rôti-caramélisé
  • Continuer la cuisson jusqu'à ce que la peau soit croustillante tout en arrosant le dessus du magret avec la graisse
  • Laisser reposer la viande une fois cuite (elle doit rester saignant à cœur)
  • Pendant ce temps, garder juste un peu de graisse au fond de la poêle
  • Ajouter l'oignon haché et le faire revenir sans le colorer jusqu'à ce qu'il devienne translucide
  • Ajouter ensuite l'ail haché et la morille des pins découpée en 6 à 8 morceaux, le temps qu'elle monte en température
  • Finir avec la crème et couper le feu dès que celle-ci s'est liquéfiée
  • Rectifier l'assaisonnement et servir immédiatement avec le magret découpé en tranches

jeudi 17 octobre 2013

P'tits champ's

Chanterelles en tubes, laccaires améthyste ou laqués, un point commun : leur taille. Ces petits formats compensent ce "défaut" par un goût prononcé mais très agréable, mêlant les arômes boisés et le parfum de l'humus.

Laccaires améthyse ou clitocybes améthyste (laccaria amethystina), également nommés mousserons violets dans certaines régions. Leur couleur violacée et leur petite taille sont les meilleurs indices pour identifier ces excellents comestibles. Certains ne prennent que le chapeau, trouvant le pied trop ferme (de mon côté, je prend tout). À noter que de récentes études ont établi une affinité particulière entre ce champignon et le césium 137 (radioactif) qu'il a tendance à accumuler[1]. Il est donc conseillé de le consommer avec modération. Attention aussi aux risques de confusion avec la mycène pure (mycena pura), qui elle est tout simplement toxique.

Laccaires laqués (laccaria laccata, probablement de la variété pseudobicolor). Souvent moins considérés que leurs cousins améthyste, je les trouve personnellement tout aussi intéressants. Ils sont toutefois plus sujets à confusion car leur couleur les rapproche d'espèces, aussi bien comestibles (marasme des oréades) que toxiques (mycène pure, inocybes). À noter que les laccaires (de quelque espèce qu'ils soient) se sèchent très bien et peuvent ainsi se conserver très longtemps. En les séchant à l'extrême, on peut aussi les réduire en poudre et les mélanger avec du sel fin pour confectionner un délicieux aromate aux parfums des bois.

Chanterelles en tubes (craterellus tubaeformis, anciennement cantharellus tubaeformis), également appelées girolles grises dans certaines régions. Des trois champignons de ce billet, c'est sans aucun doute le plus parfumé. Par rapport aux laccaires, elles ont aussi l'avantage de pousser plus groupées : Il n'est par rare d'en trouver des centaines poussant par petits groupes le long d'un filon de quelques mètres  (le cheminement souterrain de leur mycélium), voire même quelques dizaines de mètres quand on est vraiment chanceux ! Principal risque de confusion : les léoties visqueuses, non comestibles.

Et maintenant, que diriez-vous d'un plat traditionnel légèrement adapté pour y inclure nos p'tits champs ?

Gratin dauphinois aux champignons

Ingrédients (pour 2 bons mangeurs) :
Accompagner avec un peu de salade verte ou comme ici,
avec des jeunes feuilles émincées de pe-tsaï (chou chinois)
  • 500g de pommes de terre
  • 300g de petits champignons frais
  • 40cl de crème fraiche
  • 1 gousse d'ail
  • Un peu de beurre
  • Poivre de Jamaïque (il remplace à la fois le poivre noir et la muscade)
  • Sel
Préparation :
  • Laver les champignons et bien les égoutter
  • Les cuire dans un peu de beurre avec l'ail préalablement haché, et réserver
  • Peler les pommes de terre et les débiter en fines lamelles à la mandoline
  • Napper le fond d'un plat à gratin avec un peu de beurre
  • Y étaler une première couche de pommes de terre, puis une couche de champignon, un tour de moulin à poivre (de Jamaïque) et quelques pincées de sel
  • Recommencer avec une autre couche de pommes de terres, de champignons et d'assaisonnement pour finir avec une dernière couche de pommes de terre
  • Couvrir avec la crème
  • Enfourner pour 2 heure à 125°C
  • Servir encore chaud

Faites attention de ne pas faire comme moi en remplissant trop le plat à gratin : la crème risquerait de déborder !

[1] Anreicherung von Cäsium-137 und Cäsium-134 in 34 Pilzarten nach dem Reaktorunglück von Tschernobyl - Zeitschrift für Lebensmittel-Untersuchung und Forschung - August 1987, Volume 185, Issue 2, pp 91-97 (G. Rückert, J. F. Diehl).

samedi 12 octobre 2013

Champignons étranges

Forme, couleur, taille : ils ont tous quelque chose de spécial...

Vesse de loup perlée (lycoperodon perlatum).
Comestible plutôt médiocre, à ne consommer que jeune. Elle doit son nom aux
aspérités qui recouvrent son chapeau et qui perlent sous les doigts lorsqu'on la
prend en main.

Coprin pie (coprinus picaceus).
Champignon non comestible, la chair de son chapeau est sombre dès le début de
sa croissance, contrairement à son cousin chevelu (et excellent comestible) qui ne
noircit qu'en fin de vie.

Langue de bœuf (fistulina hepatica).
Ceux qui lisent le blog régulièrement reconnaîtront certainement cet étrange
champignon qui peut se consommer aussi bien cru que cuit et que j'apprécie
tout particulièrement.

Calocère visqueuse (calocera viscosa).
Ce champignon d'un très beau jaune, légèrement orangé et très lumineux n'est
malheureusement pas comestible. Et même s'il l'était, sa viscosité aurait de
quoi décourager plus d'un cueilleur.

Clavaire crépue (sparasis crispa).
Appelée également morille des pins car elle pousse à leur pied (les feuilles de chêne
de la photo sont trompeuses, observer par contre les aiguilles et les fragments d’écorce
au sol), ou crête de coq. Cet excellent comestible qu'on trouve de temps en temps sur
les marchés peut atteindre des tailles remarquables. 

Clavaire droite (ramaria stricta).
Cette clavaire non comestible colonise souvent les branches mortes tombées au sol
et dans un état de décomposition assez avancé.

Polypore en touffe (grifola frondosa).
Poule des bois en France, "maitake" au Japon où ce champignon comestible est très couru
en particulier pour ses propriétés médicinales (il agirait comme stimulant des défenses
immunitaires). Il se cueille jeune, avant que ses chapeaux ne brunissent et que sa chair
blanche ne commence à se teinter.

Encore un polypore en touffe (grifola frondosa).
Les nombreux chapeaux de la photo sont tous issus d'un seul et unique pied. Une seule
touffe peut atteindre un poids de plusieurs kilos. C'est donc très intéressant de tomber ne
serait-ce que sur un seul spécimen. Celui de la photo fait environ 1,5 kg et du coup,
je vais donc en sécher une partie, pour la conserver et l'utiliser dans quelques mois.


Et maintenant, on passe en cuisine avec celui qui à lui seul prend toute la place dans le panier ...

Maitake grillé croustillant et fondue de légumes


Ingrédients (pour 2) :

  • 500g de polypore en touffe frais entier
  • 200g de pe-tsaï (chou chinois)
  • 100g de blanc de poireau
  • 1 oignon
  • 1 gousses d'ail
  • 10cl de crème fraiche liquide
  • Huile d'olive (douce)
  • Sel et poivre

Préparation :

  • Débiter le poireau en fines rondelles, l'oignons en quartier assez fins
  • Les faire lentement suer à feu moyen dans un fond d'huile d'olive
  • Ajouter ensuite les côtes de pe-tsaï découpées en fins segments perpendiculairement aux côtes
  • Finir avec le "vert" du chou chinois, l'ail (tous deux finement hachés) et la crème
  • Continuer la cuisson à feu doux jusqu'à ce que la crème commence à s'épaissir
  • Couper le feu et réserver
  • Découper 4 belles tranches dans le polypore (nettoyé, mais surtout pas lavé !) en allant du pied vers les extrémités
  • Placer une poêle sur feu vif et y verser un fond d'huile
  • Lorsque celle-ci est bien chaude, y placer les tranches à plat
  • Bien plaquer les tranches à l'aide d'une spatule de manière à ce qu'elles caramélisent bien
  • Les retourner régulièrement pour qu'elles ne brûlent pas (en fin de cuisson, le champignon doit devenir croustillant)
  • Saler légèrement et servir rapidement (pour conserver le croustillant du champignon) accompagné de la fondue de légume

mardi 8 octobre 2013

Les récompenses du mycologue

Bolet à pied rouge (boletus erythropus, peut être un
hybride de la variété junquileus tellement il est clair).
Sur les spécimens plus avancés, il n'est pas rare que les
bords du chapeau soient plus clairs.
Bien qu’habituellement, le titre de « récompense du mycologue » soit attribué au bolet à pied rouge, plusieurs champignons mériteraient ce nom. Point commun à tous : délaissés par les cueilleurs du dimanche, seuls les initiés daignent s’y intéresser.

Avantage de ces récompenses : après le passage des hordes dominicales assoiffées de cèpes et de girolles, on trouve encore le moyen de (bien) remplir un panier avec les espèces qui ont échappé aux coups de pieds rageurs d’ignares aux instincts destructeurs (hein ? quoi ? serais-je un peu trop vindicatif ?).

Ne croyez surtout pas qu’il s’agit d’une solution de secours qui permet uniquement de faire du volume au détriment de la qualité. Ces champignons-là ont un réel intérêt culinaire.

A tout seigneur tout honneur, jetons tout d'abord un œil à l'authentique détenteur du titre : le bolet à pied rouge. S'il est peu ramassé, c’est principalement à sa couleur qu'il le doit : son pied fait peur à cause des possibilités de confusion avec l’un de ses cousins, le bolet satan. Nombreuses sont pourtant les caractéristiques permettant de les distinguer. Pour autant, il ne faut pas croire qu’erythropus est sans danger : consommé cru, il serait source d'anémie.
Mais bien cuit… c’est une toute autre histoire : grâce à une tenue exceptionnelle à la cuisson, il peut s’inviter sans crainte dans tous les plats mijotés. Mais il peut aussi remplacer les cèpes dans la plupart de leurs usages. Petit secret de préparation : à moins de bien le rissoler, il est préférable de le blanchir (entier, pendant une bonne dizaine de minutes) avant de le cuisiner.

Bolet à pied rouge (boletus erythropus).
Bien que très rarement véreux, ce cousin du cèpe est généralement délaissé… à tort ! Principales caractéristiques : pied rouge-orangé, tubes jaune à pores rouges, absence de réseau sur le pied, chapeau brun velouté s’éclaircissant sur les bords avec l’âge, chair jaune bleuissant immédiatement et intensément au moindre contact.

Autre champignon qui mériterait tout autant le titre : la golmotte (amanita rubescens), également appelée amanite rougissante ou amanite vineuse. Elle, c’est clairement à la mauvaise réputation associée aux amanites qu'elle doit d’être ignorée. Pour couronner le tout, un autre de ses attributs génère la peur : les taches sur son chapeau (qui sont en fait des vestiges du voile qui entouraient le champignon à sa sortie de terre). L’inconscient collectif les associe immanquablement à celles de la très toxique amanite tue-mouche.
Pour la golmotte comme pour le bolet à pied rouge, une cuisson est nécessaire pour en ôter la toxicité. Dans son cas, un passage à l’eau bouillante (salée de préférence) pendant au moins 10 minutes est nécessaire, ainsi qu'un bon égouttage (l’eau de cuisson devant être jetée). On pourrait croire que ce traitement est préjudiciable au goût, mais étonnement, c’est tout le contraire, cette cuisson semblant au contraire révéler le goût très agréable du champignon.

Amanite rougissante (amanita rubescens).
Parfois confondue avec l’amanite panthère (extrêmement toxique), quelques signes distinctifs permettent de faire généralement la différence : chair rougissant lentement au niveau des blessures, pied bulbeux généralement sans volve nettement visible, présence de stries verticales sur le haut du pied et sur l’anneau.

Dernier pour aujourd’hui (mais la liste pourrait être bien plus longue) : le clitocybe nébuleux (clitocybe nebularis) également connu sous le nom de gris de sapin. Présentant un risque non négligeable de confusion avec l’entolome livide et parfois donné comme toxique par certains ouvrages (les avis sont partagés, voire polémiques à ce sujet) : sur le papier, on ne peut pas dire qu’il soit très attirant. Il a pourtant l’avantage d’être très commun. Semblant fragile lorsqu'on le cueille, la cuisson à l’eau lui donne un peu plus de tenue (jeter l’eau de cuisson). Plutôt destiné aux plats mijotés, les jeunes spécimens peuvent aussi être préparés en conserves (avec vinaigre, eau, huile, aromates). Ils deviennent alors d'excellents antipasti, pour lesquels on ne regrette qu’une chose : c’est qu’ils partent trop vite !

Clitocybe nébuleux (clitocybe nebularis).
Pouvant être confondu avec le dangereux entolome livide et d’autres clitocybes toxiques, il faut prendre soin de vérifier quelques détails importants : chapeau présentant un dégradé du gris (centre) au blanc (extérieur), lames couleur crème, serrées, parfois décurrentes, pied généralement élargi à la base, odeur de farine crue.

Rappel important :
Les informations et photo fournies ici le sont à titre purement indicatif. Il est de la responsabilité de chacun de s’assurer de la comestibilité des champignons qu’il cueille, soit assisté d’une personne avertie, soit à l'aide d’ouvrages de référence (en s’assurant au préalable de bien en comprendre les termes). Ce blog ne se substitue ni à l’un, ni à l’autre.
Dans tous les cas, en cas de doute, appliquer le principe de précaution !


Gâteau de foies de volailles aux bolets à pied rouge

Ingrédients :
  • 400g de foies de volaille
  • 300g de bolets à pied rouge
  • 150g de farine
  • 1 gros oignon
  • 100g de graisse de canard
  • 4 gousses d'ail
  • 1 sachet de levure chimique
  • 1 cuillère à café de sel
  • 1 cuillère à café de poivre moulu

Préparation :
  • Émincer l'oignon, le faire revenir sur feu vif dans un peu de graisse de canard et réserver (sans jeter la graisse de cuisson)
  • Procéder de même avec les bolets, mais à feu plus doux, jusqu'à ce qu'il ne reste aucun liquide et que les morceaux de champignons aient commencé à rôtir
  • Placer les 2/3 des champignons, l'oignon, la graisse de canard, les foies de volaille, le sel et le poivre dans le bol d'un blender
  • Mixer jusqu'à obtenir un appareil uniforme
  • Verser dans un bol afin d'y incorporer la farine et la levure
  • Hacher le dernier tiers des champignons et les ajouter
  • Chemiser un moule à gâteau (dans mon cas, j'ai opté pour un moule à cake) à la graisse de canard et à la farine
  • Le remplir avec l'appareil (2/3 de la hauteur) et enfourner pour 30 bonnes minutes dans un four préchauffé à 180°C
  • Laisser légèrement tiédir avant de démouler
 
Idéal pour accompagner une salade verte, ce gâteau salé est tout aussi bon nature...

Addedum suite à un message très pertinent reçu via FB :
Sur la première des deux photos du bolet à pied rouge, le haut du chapeau semble luisant, ce qui n'est pas le cas. Ce spécimen étant lui-même particulièrement clair, la re-compression JPEG effectuée par Blogger a fini de gommer la texture veloutée du chapeau.

mardi 1 octobre 2013

Encore un peu de verdure

Alors que nous étions partis visiter un coin à argouses (c'est la pleine saison en ce moment), nous avons profité de la proximité du littoral pour récupérer encore un peu de verdure, avant que celle-ci ne dépérisse avec les mauvais jours.

Les fleurs de l'aster maritime (aster tripolium) se détachent nettement au milieu
de l'obione (halimione portulacoides), de la soude marine (suaeda maritima)
et des salicornes (salicornia), toutes comestibles. Mais pour la plupart (comme
pour celles en arrière plan), leur belle couronne bleutée a fané et seul le cœur
jaune doré reste, se ternissant peu à peu.
Le littoral en question est une zone estuaire, avec son sol limoneux (certains le qualifieraient même de vaseux) et son habituel tapis de plantes halophiles.

Sur place, c'en est désormais fini de la salicorne, maintenant trop avancée : seules ses extrémités ont conservé l'aspect charnu qui la rendait aussi attractive. Le reste de la plante s'est asséché pour ne laisser que de fines branches ligneuses, inexploitables.

C'en est presque aussi fini de l'aster maritime dont la plupart des fleurs (des étoiles bleutées au cœur d'or) sont désormais fanées et dont les grandes feuilles ne sont qu'un lointain souvenir du printemps, lorsqu'elles n'avaient pas encore monté.

Pour le gourmand que je suis, il reste bien les feuilles réparties le long des tiges, dans lesquelles on retrouve toutes les saveurs de la plante, mais elles sont trop petites et peu pratiques à cueillir du fait de l'absence de pétiole. Mais dans de telles situations, il faut savoir persévérer...

... car finalement, à y regarder plus attentivement, quelques dizaines de centimètres au dessous du niveau des fleurs, prenant naissance directement dans le sol humide, de belles feuilles bien charnues sont bel et bien présentes. Ces retardataires (à moins qu'il ne s'agisse de téméraires de la nouvelle génération) sont couvertes d'un fin dépôt limoneux apporté par les récentes marées d'équinoxe. De fait, il faut un certain temps pour habituer le regard à ce camouflage et ainsi pouvoir en récolter quelques poignées.

Un peu plus loin de l'eau, dans une zone située à l’abri des marées (même de celles d'équinoxe), les fauchages de cet été ont réactivé une douzaine de pieds de bette maritime. Alors qu'un peu partout, leurs congénères ont dispersé leurs graines et se laissent lentement dépérir, celles-ci présentent de magnifiques rosettes débordant de belles et grandes feuilles charnues.

Feuilles charnues, en fer de lance, longs pétioles plutôt massifs sur les feuilles
basales, surface brillante, pas de doute quant à l'identification de la plante :
bette maritime (beta vulgaris sous-espèce maritima).

Dans un élan altruiste et totalement désintéressé, nous nous empressons de les mettre dans nos sacs, à l'abri d'un nouveau fauchage...

Samoussas de bette et aster au curry

    Ingrédients (pour une douzaine de samoussas) :
    • 350g de feuilles avec côtes de bette maritime et/ou d'aster maritime (proportions selon les goûts, mais utiliser plutôt la bette en majorité)
    • 1 gros oignon
    • 2 gousses d'ail
    • 50g de beurre
    • 75g d'emmental râpé
    • 2 bonnes cuillères à soupe de curry de Madras en poudre
    • 12 feuilles de brick
    • 1 œuf
    • Une pincée de sel
    Préparation :
    • Laver et égoutter les feuilles, puis les hacher en fines lanières
    • Peler et émincer l'oignon
    • Jeter le tout au fond d'une sauteuse dans laquelle on aura préalablement fait fondre le beurre
    • Commencer la cuisson à feu moyen pour faire suer la verdure
    • Ajouter ensuite un verre d'eau ainsi que l'ail haché et la poudre de curry
    • Réduire le feu et continuer la cuisson jusqu'à ce que l'eau ait totalement été bue
    • Laisser un peu refroidir avant d'incorporer le fromage râpé à ce mélange
    • Constituer les samoussas en y répartissant la farce (utiliser l’œuf battu comme colle)
    • Les cuire juste avant de les servir, soit au four (les huiler un peu avant de les enfourner pendant 5 bonnes minutes à 200°C), soit à la poêle (2 à 3 minutes sur chaque face dans un fond d'huile bien chaude)
    Déjà utilisé pour une tarte cet été, l'accord entre curry et chénopodiacées (la famille à laquelle la bette apparatient) fait encore une fois merveille !

    lundi 23 septembre 2013

    Décapode et polypode dans la même assiette

    Ce week-end était l'occasion de profiter des dernières grandes marées de l'année. Comme les fidèles de ce blog le savent désormais, j'adooooore la pêche à pied et je me suis donc rendu au même endroit qu'il y a maintenant un mois. Mon secret espoir : enfin réussir à capturer un beau homard.

    Cette fois-ci, pour mettre toutes les chances de mon côté, j'avais mieux préparer la sortie, en me renseignant un peu plus sur les techniques de pêche. Car il ne suffit pas de disposer des bons instruments (en l’occurrence, un crochet à crabes), encore faut-il savoir les utiliser...

    Mais la marée basse est encore loin et pour patienter, une petite balade dans les bocages normands s'impose.

    Les nombreux murets en pierres sèches, érigés en guise de clôtures, sont pour la plupart recouvert d'une épaisse végétation dans laquelle on retrouve pèle-mêle mousses, fougères, ronces, chèvre-feuille, clématites et même pommiers.

    Encore un témoin des fructifications désordonnées : des ronces (rubus fructicosus) encore en fleur,
    très appréciées par un magnifique vulcain (vanessa atalanta).

    Les pommiers abandonnés sont assez fréquents le long des murets.
    Pas encore tout à fait mûres, leurs petites pommes à cidre sont à la fois amères et acides.
    C'est pas terrible en bouche lorsqu'on croque dedans !

    Capturant les quelques rayons de soleil perçant de temps à autres entre les nuages, des feuilles d'un beau vert tendre attirent tout de suite le regard. Avec leur extrémité encore enroulée en crosse, les plus jeunes sont caractéristiques des frondes de fougères. Les feuilles profondément divisées en segments alternes orientent rapidement vers un polypode.

    Polypode intermédiaire (polypodium interjectum). Les segments centraux des frondes sont souvent
    plus longs que ceux de la base (pas forcément le cas sur les jeunes frondes) et les sores (en quelques
    sortes les organes reproducteurs de la plante), disposés sur leur face inférieure, ont une forme
    elliptique. Toutes ces feuilles sont issues d'un seul et même spécimen dont le rhizome forme un
    réseau recouvrant leur support (à tel point qu'on ne le voit plus), emmêlé avec le lierre et la mousse.

    Cette plante doit son nom à son rhizome qui forme un véritable réseau duquel partent toutes les feuilles (poly=plusieurs, pode=pied). Bien pelé, débarrassé de ses écailles rousses (ce qui n'est pas gagné), il est comestible. Selon les endroits, il peut être plus ou moins amère (pour ceux que j'ai trouvés jusqu'à présent, c'était plutôt "moins"), mais toujours avec un goût sucré. On le récolte généralement à la fin de l'été et au début de l'automne, on est donc en plein dedans !

    Les autres espèces de polypodes qu'on trouve communément en France (polypodium
    vulgare et polypodium australe) produisent elles-aussi des rhizomes comestibles.
    Ils avaient d'ailleurs été classés comme une unique espèce par le célèbre botaniste
    suédois Carl von Linné (c'est lui le "L." qu'on trouve souvent à la droite des noms
    latins des plantes dans les ouvrages de botanique).

    Encore utilisé traditionnellement dans certain pays slaves, il n'est consommé en France que de manière ponctuelle, tout particulièrement en haute gastronomie (Marc Veyrat). Il y a encore quelques décennies, ses racines faisaient partie des ingrédients utilisés par le confiseur Achard-Verdurand à Die (dans la Drôme) pour son nougat. Bien qu'à ma connaissance elles n'en font désormais plus partie (probablement trop de préparation), ce confiseur fait toujours un excellent nougat (un peu cher, mais on en a pour son argent). Si vous avez l'occasion de passer à Die, leur boutique à elle-seule vaut le détour : toute en boiseries, semblant ne pas avoir changé depuis la création de la maison en 1839.

    Je parle, je parle et voilà qu'on a failli passer à côté de cette chaîne de rosés des prés. Plus le temps de discuter : récolte expresse, car l'heure des basses eaux approche et il faut s'aménager suffisamment de temps avant (une ou deux heures) pour la pêche à pied. De cette manière, on peut reprendre le chemin de la maison aussitôt que l'eau commence sa remontée, et ainsi ne pas risquer de se retrouver dépassé par les flots.

    "Rond de sorcière" (ici, c'est plutôt un "point d'interrogation de sorcière") constitué d'une
    succession de rosés des prés (agaricus campestris) plus ou moins avancés. Les jeunes spécimens
    ressemblent comme deux gouttes d'eau aux champignons de Paris (du genre biologique agaric eux aussi).
    Ils ont des lamelles roses qui ont tendance à noircir avec l'âge. A ne pas confondre avec l'agaric
    jaunissant (agaricus xanthodermus) qui lui est toxique. Pour l'identifier, comme son nom l'indique, il
    jaunit au toucher et a une odeur phénolée (à noter que d'autres agarics comestibles jaunissent eux
    aussi, mais ont une odeur anisée).

    Sur place, sous le regard attentif des cormorans, me voilà parti en quête de trous où pourraient de cacher tourteaux et homards. Mais ici, le feuilletage minéral des schistes est un véritable gruyère (expression erronée d'ailleurs, car le gruyère est totalement dépourvu de trous). Il faut donc pouvoir faire une pré-sélection et monsieur le homard nous donne de précieux indices en accumulant les déchets à l'entrée de sa tanière...

    Lentement, l'eau se retire et les rochers apparaissent.
    Les trous les plus intéressant sont généralement à leur base.

    Après quelques essais infructueux, d'autres réussis, mais avec des spécimens en dessous de la taille légale (le céphalothorax, c'est à dire la tête, doit au moins faire 8,7cm), mon crochet titille quelque-chose qui commence à s'agiter et tente de s'échapper. J'ai tout juste eu le temps de le voir pointer sa queue (monsieur voyage à reculons lorsqu'il est pressé) avant de pouvoir l'immobiliser : l'affaire est dans le sac !

    Homard européen (homarus gammarus), à la couleur bleue caractéristique.
    Celui-ci est en dessous de la maille (tête d'une longueur de 6cm environ alors que le minimum est de
    8,7cm). Lorsqu'il veut se défendre, il lève ses pinces vers le ciel près à frapper (gare à celles-ci car elles
    sont non seulement puissantes mais également munies de pointes acérées comme des dents).
    S'il prend peur, il part à reculons en donnant de violents coup de queue.

    On pourrait presque prendre cet autre décapode pour un homard miniature,
    mais il s'agit d'une galatée (galathea squamifera), beaucoup plus petite, même au stade adulte.

    Je ne m'étendrai pas sur le reste de la pêche, principalement constituée d'étrilles et de crabes verts, car maintenant, on passe en cuisine...

    Décapode et polypodes sur duxelles de rosés des prés

    Les tranches de polypode sont un peu trop épaisses (pour la photo).
    Les parties jeunes ne sont pas vraiment fibreuses, mais elles sont
    très fermes. Plus elles sont fines, meilleures elles seront.
    Ingrédients (pour un petit plaisir solitaire) :

    • Un homard de 300g au moins
    • 150g de rosés des prés
    • 1 petit oignon doux
    • Une bonne noix de beurre
    • Deux bonnes louches d'un fumet de crabe (étrilles et crabes verts)
    • 40g de racines de polypode, pelées et nettoyées
    Préparation :
    • Hacher finement l'oignon
    • Faire de même avec les champignons après les avoir bien nettoyés
    • Placer une belle noix de beurre au fond d'une poêle bien chaude
    • Ajouter l'oignon et les champignons dès que le beurre est bien mousseux
    • Laisser cuire sans y toucher pendant une ou deux minutes (la duxelles a tendance à noircir, ce qui est tout à fait normal avec les rosés des prés)
    • Remuer et laisser encore cuire jusqu'à ce que le fond de la poêle soit à peu près sec
    • Verser un premier tiers du fumet et attendre qu'il ait été bu par les champignons
    • Recommencer avec les deux autres tiers et réserver
    • En parallèle des champignons, ébouillanter le homard dans de l'eau bien salée (l'idéal étant d'utiliser de l'eau de mer) pendant 5 à 10 minutes selon le gabarit du homard
    • Une fois cuit, le couper en deux dans le sens de la longueur
    • Jeter les intestins (situés dans la queue) et la poche à caillou (située à l'avant de la tête)
    • Récupérer la chair des pinces et de la queue (le reste, c'est à dire le corail, très parfumé peut être ajouté à la duxelles)
    • Commencer le dressage en aménageant un lit de duxelles
    • Y placer la chair du homard
    • Finir en versant le rhizome de polypode découpé en fines tranches et revenu au beurre (sans coloration)

    Dicté par les circonstances, ce mélange étonnant fonctionne à merveille !

    mercredi 18 septembre 2013

    Baie noires entre deux douches

    Difficile de trouver des conditions favorables à la récolte des baies sauvages en cette fin d'été (ou plutôt en ce début anticipé d'automne). Cueillies mouillées, celles-ci auraient en effet tendance à pourrir très vite, et même si certaines échappaient à ce triste sort, les rescapées seraient tellement gorgées d'eau qu'elles perdraient une bonne partie de leur saveur.

    Pourtant dimanche, faisant confiance aux bons augures des prévisions météorologiques, nous avons décidé de partir en direction de la Côte d’Albâtre pour faire le plein. Sur place, je savais déjà ce que nous allions rencontrer, mais la grande question était : "dans quel état ?".
    Car depuis le printemps calamiteux que nous avons subis il y a quelques mois, les plantes accusent un retard de croissance atteignant plusieurs semaines dans certains endroits. Pour les plantes fruitières, c'est encore plus étrange, avec des fruits qui arrivent à maturité dans une totale anarchie.

    Mais constatez-donc par vous-mêmes ce que nous avons trouvé...

    Sur la photo, on remarque les conséquences du décalage saisonnier de cette année : le même arbre héberge des corymbes de fruits allant du vert complet au noir complet (ce sont ces derniers qu'il faut cueillir). Mais verts ou noirs, les corymbes du sureau noir (sambucus nigra) sont alourdis par les fruits et pointent tous vers le bas. C'est généralement l'astuce qu'on donne pour le distinguer du sureau yèble (sambucus ebulus). De mon côté, je préfère noter que le sureau noir est un arbre (certes pas très grand, mais avec un tronc et des branches) alors que le yèble (ou hièble, les deux marchent) est une plante herbacée. S'il est important de les distinguer, c'est que les baies du yèble sont toxiques (faiblement toutefois). Crues, celles du sureau noir le sont aussi (émétiques, elles provoquent des troubles digestifs), mais leur toxicité disparaît à la cuisson.

    Il est assez fréquent de voir plusieurs niveaux de maturité sur un pied de ronce (rubus fructicosus), mais à ce point là... Remarquez aussi les quelques fruits moisis : l'humidité apportée par la pluie a déjà frappé. Les baies les plus en retard n'auront sans doute pas le temps d'arriver à maturité.

    Ayant habituellement un succès aléatoire dans la confection des gelées (environ 1/3 de mes tentatives ne prennent pas suffisamment), j'ai cette fois-ci opté pour un préparation des baies de sureau en sirop. Après celui confectionné avec les fleurs au printemps, presque incolore, on a du mal à croire que le liquide sombre obtenu avec les fruits provient de la même plante ! Gare aux taches !

    Il est beaucoup plus pratique de cueillir entiers les corymbes de sureau, pour ensuite les égrainer à l'aide d'une fourchette. Pour les transformer en sirop, c'est tout simple : cuire et faire éclater les grains dans une grande marmite, filtrer et peser le jus, y dissoudre une quantité égale de sucre, ajouter du jus de citron (1 citron par litre), porter à nouveau à ébullition pendant au moins 5 minutes et embouteiller (se conserve au frais pendant quelques semaines).
    Quant aux mûres, plus longues à cueillir et donc moins nombreuses dans nos boîtes, elles ont trouvé une autre utilisation, toute aussi bonne...

    Tarte aux mûres, dans un miroir de sureau


    Ingrédients :

    • Pour le fond de tarte :
      • 200g de farine,
      • 150g de beurre demi-sel froid
      • 75g de sucre,
      • 25g d'amandes en poudre
      • 1 oeuf
    • Pour la garniture :
      • 500g de mûres fraîches
      • 60cl d'eau
      • 50g d'amandes en poudre
      • 40g de sucre
      • 10cl de sirop de baies de sureau
      • Le jus d'un demi citron
      • 5g d'agar-agar

    Préparation :

    • Fond de tarte :
      • Crémer le beurre avec le sucre et les amandes en poudre (mélanger à la cuillère pour obtenir un mélange lisse et homogène)
      • Incorporer ensuite l’œuf et finir avec la farine
      • Lorsque l'appareil est homogène, en former une boule, la filmer et la placer au réfrigérateur pendant au moins 30 minutes
      • Après ce délai, abaisser la pâte pour l'étaler sur une feuille de papier cuisson puis dans un moule à tarte (on peut aussi chemiser le moule au beurre et à la farine et y placer la pâte directement)
      • Rabattre le surplus de pâte sur les bords afin de les épaissir (on peut aussi froncer la pâte)
      • Piquer le fond avant d'étaler une autre feuille de papier cuisson (piquée également) sur le dessus
      • Lester avec des haricots secs ou des petits cailloux (évitera que le fond se déforme durant la cuisson à blanc)
      • Enfourner une bonne dizaine de minutes dans un four préchauffé à 200°C
      • Sortir du four, retirer le leste et le papier du dessus
      • Le fond chaud est encore très mou, il faut le laisser refroidir pour qu'il durcisse et prenne sa texture sablée
    • Garniture :
    • Pour obtenir un bel effet translucide avec la poudre
      d'amande, la gelée doit être versée en deux temps.
      Faire aussi attention dans le dosage de l'agar-agar,
      car si on en met trop, la gelée prend une texture
      caoutchouteuse.
      • Dans une casserole, mélanger l'eau, le sirop, le jus de citron et la poudre d'agar-agar
      • Porter le tout à ébullition et l'y maintenir une bonne minute (étape nécessaire pour que l'agar-agar prenne en gelée)
      • Laisser tiédir
      • Pendant ce temps, étaler et tasser la poudre d'amandes sur le fond de tarte, maintenant refroidi
      • Ajouter ensuite les mûres tout juste sorties du réfrigérateur, de telle sorte qu'elles ne forment qu'une seule couche avec un minimum d'interstices
      • Verser ensuite une première partie du liquide encore tiède à mi-hauteur
      • Placer 5 minutes au réfrigérateur le temps que la gelée commence à prendre
      • Verser ensuite le reste du liquide (maintenu tiède en attendant) pour s'arrêter un ou deux millimètres avant qu'il ne déborde
      • Placer au moins une heure au réfrigérateur avant de servir (mais ne pas attendre plus d'une douzaine d'heures, car petit à petit, la gelée humidifie le fond de pâte sablée et le rend cassant)

    Note : Plutôt discrète en goût, la gelée de sureau est essentiellement décorative dans cette recette, pour laisser la part-belle aux mûres. Si vous ne disposez pas de sureau, vous pouvez aussi utiliser une gelée de vin rouge (30cl de vin rouge type pinot noir pour 40cl d'eau, 60g de sucre et toujours 5g d'agar-agar).

    jeudi 12 septembre 2013

    Un gros rouge qui tache

    Fistuline hépatique (fistulina hepatica).
    Spécimen un peu trop vieux pour la récolte.
    Mais celui-ci n'a rien de commun avec un vin bon marché aux relents de picrate, car c'est d'un champignon qu'il s'agit. Et on peut dire que de prime-abord, celui-ci n'a vraiment rien pour lui.

    Sa couleur tout d'abord : orange-clair à ses début, il vire ensuite rouge-brique, puis rouge-sang lorsqu'il est saturé d'humidité.

    Sa texture aussi est altérée par l'humidité : sa face supérieure fixe l'eau sous forme d'une substance gélatineuse dégoulinante. Les jours de pluie, ce sont carrément des gouttes de "sang" qui s'écoulent des bords de son chapeau.

    Orange, rouge brique, avec une peau semblant couverte de papilles comme
    une langue, c'est comme cela qu'il faut la cueillir. La forme de celle-ci n'est
    pas des plus caractéristiques, mais d'un autre côté, c'est un champignon
    très polymorphe. la forme habituelle est un chapeau ovale assez épais
    surmontant un pied excentré assez massif.
    Son aspect général : il lui vaut le nom de "langue de bœuf" ou même parfois de "foie de bœuf", et on comprend tout de suite pourquoi en le voyant.

    Même son nom normalisé a quelque-chose de repoussant : "fistuline hépatique" évoque plus surement le nom d'une maladie que celui d'un champignon.


    Et pourtant ...


    Cueilli jeune, débarrassé de sa peau et de ses tubes, il commence à dévoiler ses secrets.

    Sa chair est parcourue de veines dont les couleurs couvrent toute une palette de nuances de rouges, formant de magnifiques motifs.



    Très apprécié des limaces, il est rare de trouver de grandes langues de bœuf dépourvues de toute
    blessure. Mais lorsqu'on en trouve une comme celle-ci (surtout sa partie inférieure), format une boule
    épaisse et très charnue, les quelques défauts de surfaces sont vite oubliés. Fait intéressant : c'est un
    champignon fidèle qu'on retrouve souvent aux même endroits d'une année sur l'autre...

    Coupée en lamelles et dégustée crue, sa chair a un goût légèrement acidulé et rafraîchissant : Idéale pour une salade. Mais si vous voulez profiter de sa belle couleur, il vous faudra la préparer et la servir rapidement car elle s'oxyde vite et vire rapidement au brun-pourpre (cette dégradation n'est que visuelle et n'a pas réellement d'effet sur son goût)...

    Version crue, comme un légume (ou façon sashimi).
    Des graines de sésame blanc, un filet d'huile de sésame, un peu de fleur de sel, concombre
    et poivron doux, et voilà une salade rafraîchissante, goûteuse et très colorée.

    Escalopée en gros morceaux, légèrement huilée et cuite à la plancha ou sur une grille, ses saveurs évoluent pour rappeler les grillades : Idéale pour un plat chaud très peu calorique. Petits conseils : avant de peler le champignon, laissez-le s'assécher en surface en le plaçant quelques heures dans un endroit sec et frais, et lors de la cuisson, ne pas hésiter à bien le marquer.

    Version cuite, comme une grillade (on croirait presque voir de la viande).
    Badigeonnée d'huile d'olive, accompagnée de légumes eux aussi grillés de la même manière,
    la fistuline hépatique fait rapidement oublier son nom peu ragoutant.

    jeudi 5 septembre 2013

    Thymus serpyllum

    Nom normalisé : Chénopode blanc
    Nom latin  : Chenopodium album.
    Noms vernaculaires : Epinard sauvage (également utilisé pour désigner le Chénopode bon-Henri), ansérine blanche, poule grasse, drageline, senousse, blé-blanc (alors que ce n'est pas une graminée contrairement au blé), herbe aux vendangeurs, chou gras (alors que ce n'est pas un chou)

    A plusieurs reprises, que ce soit par l'intermédiaire de commentaires ou d'e-mails, il m'a été demandé pourquoi, dans les billets de ce blog, je donnais systématiquement les noms latins des plantes dont je parlais, me suggérant même parfois que c'était totalement inutile. Alors à l'occasion de ce court billet (difficile, en ces temps de reprise, de trouver du temps pour cuisiner et écrire), je vais essayer de vous exposer mes raisons, tout en espérant ne pas être trop soporifique. Pour les plus patients, il y a même une recette à la fin de cet article...

    A l'origine de mon choix, il y a tout d'abord la volonté de ne pas décrire de manière trop détaillée le moyen d'identifier les espèces dont je parle (bien qu'il m'arrive de le faire de temps en temps). Je ne suis qu'un "botaniste dilettante" et à ce titre, je préfère que mes lecteurs s'orientent vers des ouvrages de référence lorsqu'ils souhaitent connaitre de manière détaillée les clés d'identification des plantes que je cuisine. Le principal problème alors est de savoir sous quel nom désigner ces plantes, de telle sorte que celui-ci puisse être utilisé pour faire ces recherches complémentaires.

    Il faut tout d'abord comprendre que beaucoup d'espèces de plantes ont des noms multiples, souvent régionaux : les noms vernaculaires. Il arrive que certains d'entre-eux soient utilisés dans toute la francophonie pour désigner la même plante, mais c'est loin d'être le cas général.

    Comme c'est encore trop simple, selon les régions (qu'il s'agisse de régions en France ou de manière plus étendue dans toute la francophonie), il arrive aussi que les mêmes dénominations soient employées pour désigner des espèces différentes, parfois sans aucun point commun entre-elles.
    Pour cette raison, les botanistes ont essayé d'attribuer aux plantes des noms "normalisés" français. Malheureusement, ces noms "normalisés", inspirés des noms latins, mais aussi des noms vernaculaires, peuvent eux-mêmes se retrouver utilisés localement pour désigner d'autres espèces.

    Nom normalisé : Renouée à feuilles pointues
    Noms latin : Reynoutria japonica, Fallopia japonica, Pleuropterus cuspidatus, Pleuropterus uzenensis, Polygonum cuspidatum
    Nom vernaculaire : Renouée du Japon (que j'utilise systématiquement)

    A cause de cela, ils ont également créé un certain nombre de règles typographiques (minuscules/majuscules) à respecter pour permettre la distinction entre les uns et les autres. Mais ces règles subtiles n'étant pas forcément connues de tous, l'utilisation des noms latins me semblait beaucoup plus pratique...

    J'ai donc fait mon choix en ne respectant pas les règles typographiques, mais en essayant de toujours donner le nom binomial (genre + espèce) latin.

    Mais il ne faut pas croire non plus que cela résout tous les problèmes, car même sur ces noms existent des synonymes : Découverte et description concomitante d'une même plante par plusieurs biologistes (généralement de pays différents, chacun d'eux pensant être le premier), fusions d'espèces (deux plantes désignées différemment qui s'avèrent être des sous-espèces de la même espèce) ou au contraire dissociation d'espèces (des plantes initialement classées comme des sous-espèces qui s'avèrent finalement être des espèces distinctes, voire des genres différents) ... les raisons peuvent être nombreuses. Et je ne parle même pas des chamboulements liés à l'introduction de la classification génétique !

    Malgré tout, je pense que les noms latins restent actuellement le moyen le plus "universel" pour désigner une plante avec un minimum d'ambiguïté. Ils restent le meilleur point d'entrée pour aller chercher plus d'informations dans des ouvrages de référence, et ceci, quelle que soit leur langue ou la région du monde qu'ils couvrent.

    Nom mormalisé : Serpolet
    Nom latin : Thymus serpyllum
    Noms vernaculaires : serpolet, thym serpolet, farigoulette (également utilisé pour le Thym commun)

    A propos de serpolet justement, puisqu'il sert de titre à ce billet, voici comme annoncé une petite recette bien sympathique et très parfumée pour finir...

    Roulé d'agneau rôti au serpolet

    Ingrédients (pour 4) :
    Roulé d'agneau rôti au serpolet. Ici, je l'ai accompagné de pommes de terre, petits oignons blancs et gousses d'ail entières, tous rissolés. Les fanes des oignons ont été hachés crus et utilisés à la fin pour le dressage.

    • Un épaule d'agneau (1kg environ)
    • Une bonne poignée de feuilles et leurs séchées de serpolet
    • Une gousse d'ail
    • Huile d'olive
    • Sel et poivre

    Préparation :

    • Désosser l'épaule de telle sorte que la viande ne forme qu'un seul morceau
    • Si le morceau en question est trop épais, le couper dans son épaisseur pour doubler sa surface
    • L'étaler en plaçant sa face la plus maigre vers le haut
    • La parsemer de la totalité du serpolet sur toute sa surface
    • Y répartir aussi l'ail finement haché, une pincée de sel et un peu de poivre moulu
    • Enrouler la viande sur elle-même et la ficeler en serrant bien pour qu'elle reste compacte à la cuisson
    • Huiler (et saler encore un peu)
    • Placer dans un plat creux et enfourner à 200° pendant une petite demi-heure en nourrissant régulièrement le roulé avec son huile
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