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jeudi 5 mai 2016

Orchidées printanières et entrelacs de lianes

Qu'il était beau ce talus, avec ses flancs multicolores : jaune délavé pour quelques primevères rescapées, jaune intense pour de la ficaire très tardive, bleu violacé pour les jacinthes des bois et les violettes, blanc lumineux pour la stellaire holostée et pourpre pour les orchis mâles... un véritable arc-en ciel !

L'orchis mâle (orchis mascula) est une des orchidées terrestres les plus présentes en France (*).

On le reconnait à sa couleur pourpre unie et au grand éperon présent à l'arrière de chaque fleur (orienté vers le haut). Mais ce n'est lui la cause de son nom. Celui-ci est plutôt dû à la forme suggestive de ses racines.

La forme allongée de ses feuilles, souvent tachetées (mais pas toujours) est également assez caractéristique.

Est-ce que celui-ci pourra finir sa croissance sans encombre... Pas certain avec ces lianes de tamier partant à l'assaut de sa hampe florale.

Le tamier (discorea communis syn. tamus communis) a tendance à s'enrouler autour de tout ce qu'il croise sur son chemin. Et quand il s'agit de congénères, cela peut former d'impressionnants entrelacs.

Si on lève la tête et qu'on regarde au bout de chaque liane, on finit par trouver une pointe dont l'aspect ressemble un peu à une asperge, en plus fin. Appelées "respounchous" (orthographes très variables) dans le Sud-Ouest (principalement Aveyron, Lot, Lot-et-Garonne et Tarn), ces jeunes pousses y sont très recherchées pour y être dégustées.

Et pourtant, cette plante aux feuilles en forme de cœur n'est pas dénuée de toxicité (principalement ses racines et ses baies qu'il ne faut surtout pas consommer). On se contente donc de ne cueillir que les plus jeunes pousses (les 20 derniers centimètres, avant floraison). Blanchies 5 minutes dans de l'eau salée vinaigrée, elle perdrons leur amertume tout en gardant une texture croquante...

... Après, on peut l'utiliser dans une omelette, comme légume d'accompagnement ou tout simplement en salade.
Traditionnellement, les "respounchous" sont souvent associés aux œufs, au lard et au vinaigre. Mais on peut aussi un peu varier...

Salade de respounchous et compagnie...


Ingrédients (entrée pour 4) :
  • 300g de pousses de tamier
  • 400g de pommes de terre 
  • 100g de chorizo fort
  • 4 œufs
  • 2 cuillères à soupe de vieux vinaigre balsamique
  • Quelques pincées de fleur de sel
Préparation :
  • Peler et cuire les pomme des terre à l'eau ou à la vapeur (légèrement sur-cuites si possible)
  • Les mettre de côté et les laisser refroidir
  • Cuire les œufs 10 minutes dans de l'eau vinaigrée, les refroidir dans de l'eau fraîche, les écaler et les réserver
  • Débiter le chorizo en fin bâtonnets et réserver
  • Plonger les respounchous 5 minutes dans de l'eau salée vinaigrée bouillante, puis les plonger immédiatement dans de l'eau glacée pour stopper la cuisson et finalement les égoutter
  • Après avoir émietté les pommes de terre et écrasé grossièrement les œufs durs, mélanger tous les ingrédients et servir.



(*) A noter:
Les tubercules de l'orchis mâle (et d'autres orchidées terrestres) sont comestibles. Autrefois consommés comme légume dans certaines régions Françaises, ils ont aussi été utilisés pour produire une farine nommée "salep" (encore produite dans certains pays orientaux). Mais désormais, en Europe, la plupart des orchidées sauvages sont protégées (parfois au niveau national, parfois au niveau régional). On évitera donc de les cueillir et encore moins d'en déterrer les tubercules...

samedi 3 mai 2014

Tamier...

Il est certaines plantes avec une histoire régionale tellement ancrée qu'il est difficile de les imaginer préparées d'une autre façon que la traditionnelle. Tel est le cas avec les jeunes pousses du tamier commun...

Mais commençons d'abord par faire connaissance avec la plante :

Un liane grimpante avec des pousses aux faux-airs d'asperges sauvages :
pas de doute, c'est du tamier (dioscorea communis, syn. tamus communis).
Dépourvu de vrilles (contrairement à la bryone dioioque dont je parlais il y
a quelques semaines),  c'est en s'enroulant autour de tout ce qu'il trouve
sur son chemin qu'il prend de la hauteur. Les feuilles qu'on aperçoit ne
sont pas celles du tamier (qui ont une forme de cœur) mais celles d'un
jeune frêne que la plante a utilisé comme support.

Les "reponchons" (prononcer "respountchous") sont récoltés tous les printemps dans quelques départements du sud-ouest de la France. Parfois vendues à prix d'or sur les marchés locaux, ces jeunes pousses sont plus souvent l'occasion de cueillettes familiales, un peu comme on pourrait le faire avec les champignons. Avantage du tamier : il est beaucoup plus facile à trouver que les morilles !

Selon le sol, l'humidité et probablement quelques caractères génétiques héréditaires,
la couleur des tiges de cette liane peut varier du vert clair au presque pourpre.
Sur cette photo, la plus grosse est un peu trop avancée (on aperçoit les grappes
de fleurs encore en boutons) et sera donc plus amère...

Ensuite, c'est presque inévitable : elles sont cuisinées avec du lard et des œufs (si possible avec le jaune encore coulant). Ces deux "additifs", parfois complétés par du vinaigre, permettent en particulier d'atténuer l'amertume naturelle de la plante (une première cuisson à l'eau permettant déjà d'évacuer le principal).

Mais finalement, pourquoi se restreindre à cela : Il y a d'autres moyens de jouer avec l'amertume. Les épices en sont un tout particulièrement indiqué...

Justes blanchis quelques minutes, les reponchons sont débités en fin tronçons (sauf les têtes qui sont gardées entières). Ils sont ensuite simplement mélangés avec quelques morceaux de ventrèche (on ne va quand même pas tout supprimer des recettes traditionnelles), des pâtes et surtout de la poudre de curry.

IMPORTANT : Seules les jeunes pousses du tamier sont comestibles. Le reste de la plante, en particulier ses baies et sa racine sont toxiques. A noter qu'en application externe, la pulpe de racine de tamier est dotée de propriétés anti-tuméfiantes (d'où son nom populaire, mais pas poétique du tout, d'"herbe aux femmes battues"), mais elle peut être aussi irritante à cause des cristaux d'oxalates qu'elle contient.

jeudi 9 mai 2013

Balade dans les hauteurs drômoises

Partis pour cueillir du thym dans les marnes au dessus du village, quelques bonnes surprises ont agrémenté notre balade.

Nous commençons tout d'abord en longeant le lit d'un torrent de montagne asséché (la plupart du temps). Avec les pluies récentes, un petit filet d'eau coule au fond, et visiblement, sur les rives, cette humidité a bien profité à de nombreuses lianes de tamier.

Ces pousses de tamier (tamus communis, syn. dioscorea communis) sont tellement
gorgées d'eau qu'elles tiennent presque toutes seules, se soutenant mutuellement.
Le diamètre de ces pousses de "respountchous" est vraiment impressionnant.
Comestibles lorsqu'elles sont jeunes, il nous reste à espérer qu'elles ne soient
pas trop amères une fois que nous les aurons blanchies.

Plus haut, nos pas nous amènent au milieu des graminées où des groupes d'orchis balisent les bords du chemin. Avec leurs couleurs plus ternes, les nombreux ophrys qui les côtoient passent presque inaperçus.

Orchis pourpre (orchis purpurea). Son tubercule est peut-être comestible
(comme celui de beaucoup d'orchis et d'ophris), mais pourquoi couper une aussi belle plante,
qui par ailleurs est protégée dans certaines régions. Il n'a pas que l'air d'une orchidée, il fait
partie de la même famille : les orchidacées.
De la même famille aussi, j'hésite entre l'ophrys petite araignée et l'ophrys araignée
(ophrys araneola ou aranifera). Il y a tellement de sous-espèces et d'hybrides
chez ces orchidacées qu'il n'est pas simple de s'y retrouver. Lui aussi serait
comestible (tubercule), mais lui aussi est protégé dans certaines régions.

Enfin nous atteignons le niveau des marnes. Ici, les plants de thym sont pléthores. Leurs fleurs commencent à peine à s'ouvrir et bientôt, le vert terne de ces nombreuses touffes virera au rose lumineux, surtout lorsque le soleil se décidera à se montrer !

Thym commun ou farigoule (thymus vulgaris). A peine ouvertes, les fleurs attirent
immédiatement les abeilles et à les sentir, on comprend pourquoi !

En attendant, c'est plutôt le bleu ciel qui domine, celui des aphyllantes.

Aphyllantes de Montpellier (aphyllantes monspeliensis). Ces fleurs comestibles ont un
petit goût sucré pas désagréable du tout. Malgré leur nom d'œillets bleus de Montpellier,
elles n'ont rien à voir avec les véritables œillets.

Bientôt, il sera aussi remplacé par celui des fleurs de la laitue vivace, mais pour l'instant, elles n'ont même pas commencé à monter.
Laitue vivace (lactuca perrenis), l'une des meilleures salades sauvages.
Il y en avait peu, nous avons donc préféré ne pas les cueillir afin de préserver
la ressource (la plante étant vivace, une cueillette irraisonnée pourrait lui être
fatale localement)

 Plus tard encore viendront les fleurs blanches du laser odorant. Pour l'heure, il sort tout juste de terre.

Laser de France ou laser odorant (laserpitium gallicum). Les jeunes feuilles encore fripées
de cette apiacée sont très aromatiques et peuvent remplacer le persil dans tous ses usages
culinaires. 

Après une balade comme celle-ci, c'est inutile de me demander pourquoi je l'aime, mon pays natal !

Quelque part à mi-chemin entre Crest et Die (Drôme)

jeudi 2 mai 2013

Sauté de liane en liane

Et non, il ne s'agit pas d'une faute d'orthographe. Certes, le blog n'en est pas exempt (loin de là), mais c'est bien du « sauté » dont je veux parler, celui dont le Larousse donne la définition suivante : « apprêt à base de morceaux de viande ou de légumes, que l'on fait sauter à feu vif dans un corps gras ».

Puisque la définition vous donne la recette, je vais me concentrer sur les plantes utilisées : les lianes.

Bon nombre d'entre-elles ont entamé leur pousse il y a quelques jours, voire même semaines, et parmi elle, quelques-unes sont comestibles... mais attention, « comestible » ne veux pas dire « sans risque ».

Prenez la clématite des haies par exemple. Cette liane est probablement la plus fréquente et la plus facilement observable en France, ne serait-ce que par les longues et épaisses cordes sèches tortueuses qu'elle laisse pendre d'années en années dans les haies ou les forêts épaisses.
Et bien sous son air inoffensif (certains enfants utilisent ce « bois fumant » en guise de cigarette), la clématite des haies, outre un peu de saponine, contient aussi des substances pouvant induire, au contact de la plante, des brûlures sur la peau des personnes sensibles (dermatites).
Sachant cela, elle parait tout de suite moins attractive. Mais passés ces « petits » inconvénients et moyennant la bonne préparation (une simple cuisson à l'eau), elle peut devenir un remarquable légume, à la saveur douce et légèrement amère, à condition de ne pas en abuser et de ne consommer que les jeunes pousses.
Pousse de clématite des haies (clematis vitalba) avec à sa droite des vestiges
d'akènes de l'année dernière. Bien que paraissant mortes en plein hiver, le printemps
révèle que beaucoup des lianes de clématite sont toujours vivantes et vigoureuses,
laissant apparaître de jeunes pousses d'une couleurs vert argenté.

Mais pour passer de liane en liane, il en faut plusieurs. La seconde est généralement plus discrète au début du printemps, époque à laquelle elle n'a pas encore eu le temps de déployer ses feuilles en forme de cœurs. Pour l'instant, les pousses du tamier ont plus l'air de fines asperges vertes. C'est justement la bonne période pour les cueillir. Bien que traditionnellement consommés dans le sud-ouest, les fameux « respounchous » contiennent eux aussi de la saponine, les rendant très irritants pour les muqueuses s'il ne sont pas correctement préparé. Là encore, une simple cuisson à l'eau suffit. La plante gardera toutefois une certaine amertume, empêchant de la déguster sans accompagnement.
Pousse de tamier (tamus communis) ou « herbe aux femmes battues » (à cause des
propriétés anti-ecchymotiques de ses racines en application externe). A ce stade, et
globalement tant que les fleurs n'ont pas fait leur apparition, les 20 à 30 derniers
centimètres de ces pousses peuvent être consommés une fois cuites à l'eau.
Attention, les fruits, eux, sont très toxiques.

Et puis pourquoi s'arrêter là ?
Il y a aussi la bryone, cette cucurbitacée sauvage (la seule qu'on trouve en France) également nommée « navet du diable » car une trentaine de baies (des sortes de mini-courges rouges de la même taille que les groseilles) suffisent pour tuer un homme adulte. Là encore, pour profiter de la douce saveur de courge des jeunes pousses, il faudra préalablement les cuire à l'eau et éviter toute consommation abusive.
Pousse de bryone dioïque (bryonia dioica). La forme des feuilles couvertes de
poils et les « tortillons » sont assez caractéristiques. Avec cette plante aussi, les 20 à 30
derniers centimètres des pousses peuvent être consommés une fois cuites à l'eau.
Attention, les fruits, eux, sont extrêmement toxiques.

Enfin, un dernier pour la route, plus « soft » celui-là : le houblon, dont on connait plus les cônes pour l'amertume qu'ils apportent à la bière. Mais ses pousses, les « jets » sont aussi consommables. Dénuées d'amertume, elles ont une intéressante saveur qui évoque la résine. Seul petit bémol, une consommation excessive peut provoquer des troubles comme par exemple des maux de tête.
Houblon (humulus lupulus). Ses pousses gorgées d'eau montent à un rythme effréné,
s'entortillant les unes autour des autres. La texture râpeuse des feuilles ainsi que leur
forme en « feuille de vigne » sont les caractéristiques les plus marquantes
permettant de l'identifier.

Alors voilà, après avoir cuit séparément à l'eau mes quatre lianes (de 1 minutes pour les plus fragiles à 3 minutes pour les plus résistantes), je le ai juste fait sauter dans un peu d'huile d'olive avec quelques morceau de chorizo et de l'ail (pétioles d'ail des ours pour moi, j'en ai plein, j'en profite !). Quelques copeaux de parmesan rajoutés à la fin et voilà une très belle entrée pleine de saveurs.


lundi 21 mai 2012

Et si on mélangeait tout ?

Quelques pointes de houblon.


Une douzaine de mini brocolis.


Une poignée de respounchous.


Autant de pousses de navet du diable.


Une petite botte d'asperges des bois.


Bien laver chacune des plantes.

Mettre de côté les aspergettes et blanchir rapidement mais séparément les autres plantes. En profiter pour le faire aussi avec quelques morceaux de carotte. Bien les égoutter avant de les jeter dans un wok avec un fond d'huile bien chaude. Ajouter alors les aspergettes, deux gousses d'ail écrasées, quelques gouttes de sauce soja, de mirin et de vinaigre ainsi qu'une pincée de sucre. Cuire trois minutes sur feu vif et servir...


C'est tout ...
... et c'est bon !

(*) : Bryone et tamier sont deux plantes non dénuées de toxicité (celle-ci s'accentue avec l'age) et ne peuvent être consommées que modérément (jeunes pousses). Les racines sont toxiques et les fruits le sont encore plus.

dimanche 13 mai 2012

Sentiers littoraux

Inévitables où que l'on soit sur les côtes françaises, les chemins côtiers ou sentiers des douaniers permettent d'arpenter le littoral et toute sa diversité, aussi bien en termes de paysages qu'en termes de faune et de flore.

Lorsque je les parcours, je n'oublie jamais de prendre avec moi le minimum nécessaire, à savoir : un couteau pour mes récoltes, un sac en toile pour les transporter et un appareil photo pour le blog.

Petit inventaire (non exhaustif) de quelques rencontres intéressantes.


Bette maritime (beta vulgaris sous-espèce maritima), omniprésente et pourtant si méconnue. C'est pourtant l'ancêtre probable de la plupart des bettes et betteraves qu'on cultive et consomme aujourd'hui : betterave rouge, betterave à sucre, betterave fouragère et bien entendu la blette (ou poirée) dont elle se rapproche le plus, culinairement parlant. Celle de la photo est presque en fleurs, mais on trouve encore de belles feuilles.

Bryone dioïque (bryonia dioica), plante grimpante utilisant ses vrilles pour s'accrocher aux branches des haies dans lesquelles ont la trouve fréquemment. C'est la seule représentante sauvage de la famille des cucurbitacées en France. Mais attention, la plante est toxique et tout particulièrement ses racines et ses fruits. Pour profiter de son goût évoquant la courge, seules ses jeunes pousses peuvent être consommées, mais avec modération.

Bourrache (borago officinalis), aux magnifiques fleurs fréquemment utilisées comme décorations culinaires. Mais les feuilles, malgré leurs poils, ont également leur intérêt car dotées d'un goût évoquant concombre et huitre.

Buglosse toujours verte (anchusa sempervirens ou pentaglottis sempervirens), très présente en ce moment le long du sentier littoral nord-breton. De la même famille que la bourrache ou la consoude (qu'on trouve parfois à proximité), elle est également comestible. Sans qualité gustative particulière, ce sont principalement ses fleurs qu'on utilise en décoration comestible, mais elles ne valent pas celles de la bourrache.

Tamier commun (tamus communis), dont le nom peu poétique d'  « herbe aux femmes battue » vient des propriétés anti-tuméfiantes de sa racine. Bien que la plante ne soit pas dénuée de toxicité (tout particulièrement ses fruits), les jeunes pousses, connues dans le sud-ouest sous le nom de respountchous ou reponchons, sont comestibles. Malgré leur amertume (qui s'accentue avec l'age), elles sont excellentes.

Ombilic (umbilicus rupestris) ou nombril de Vénus, dont les feuilles ont une forme très atypique. Le pétiole prend en effet naissance au beau milieu de la feuille, lui donnant un air de champignon. Elles peuvent agrémenter les salades avec leur texture légère et succulente, mais étant souvent amères, il vaut mieux ne pas les utiliser seules.

Claytone de Cuba (claytonia perfoliata), ou pourpier d'hiver, dont les fleurs ont maintenant fait leur apparition. Tout comme les feuilles, elles font une excellente salade sauvage. Les tiges florales ont une forme très particulière, supportant une sorte de soucoupe au milieu de laquelle sort un bouquet de petites fleurs blanches.

Cresson de fontaine (nasturtium officinale), identique à celui qu'on trouve dans le commerce, à la différence que celui-ci pousse de manière totalement naturelle. La Bretagne étant une zone d'élevage de nombreux animaux, il y a un fort risque de présence de la douve du foie. Afin d'éviter la contamination, le consommateur-cueilleur veillera donc à séparer le cresson du reste de sa cueillette et surtout de bien cuire la plante avant de la déguster.

Moutarde noire (brassica nigra), souvent confondue avec le colza (brassica napus). Ses jeunes feuilles encore tendre ont un goût délicieusement piquant. S'agissant d'un chou, je vous laisse imaginer comment utiliser les feuilles plus agées...

Plantain corne de cerf (plantago coronopus), affectionnant particulièrement les sols sableux côtiers. Ses jeunes feuilles sont utilisables aussi bien crues en salades que cuites comme légume.

Cranson officinal (cochlearia officinalis), ou « herbe au scorbut » car très riche en vitamine C. Quelques feuilles suffisent à relever une salade à l'aide de leur goût piquant. Maintenant en fleurs, voire en fruits, il est plus difficile de l'exploiter.

Et pour finir, une déclinaison bretonne autour de 4 d'entre-elles...

Galettes de bette, tamier, bryone et leur décoration de bourrache

Ingrédients :

  • Galettes de sarasin (nous avons utilisées des « toutes prêtes »)
  • Feuilles de bette maritime
  • Pousses de tamier
  • Pousses de bryone
  • Œufs (un par galette)
  • Beurre salé
  • Un peu de fromage râpé

Préparation :

  • Ébouillanter la bette pendant 5 minutes avant de la plonger dans de l'eau glacer
  • L'égoutter et la presser afin d'en évacuer un maximum d'eau
  • La hacher et la faire revenir 2 minutes dans un peu de beurre avant de réserver
  • Blanchir 3 minutes les pousses de bryone et de tamier, les égoutter et réserver
  • Répartir un peu de bette, ainsi que quelques pousses de bryone et de tamier au milieu d'une galette
  • Y ajouter un œuf (sans la coquille bien entendu)
  • Couvrir d'un peu de fromage râpé
  • Rabattre la galette sur 4 côtés et passer à la poêle rapidement (le temps que le blanc de l’œuf cuise, mais que le jaune reste liquide)

lundi 2 mai 2011

Une histoire de partage ...

Découvrir, faire découvrir, partager et échanger : ça résume assez bien les raisons pour lesquelles je m’intéresse aux plantes sauvages comestibles.

 

Découvrir :

En cherchant sans cesse de nouvelles espèces, de nouvelles saveurs ou tout simplement de nouvelles recettes.
Avec la variété que propose la nature, on a l’impression que c’est sans fin (tout bien réfléchi, ce n'est peut-être pas qu'une impression). Depuis maintenant 3 bonnes années que ce blog existe, plus de 150 plantes, champignons et algues abordés, sans compter celles testées mais mises de côté (gustativement insatisfaisantes, recettes ratées, absence de photo), je suis toujours impressionné de continuer à faire de belles découvertes (comme la dentaire du billet précédent). Il y a sans doute de quoi écrire encore plusieurs livres sans tarir le sujet !

 

Faire découvrir :

Aux plus jeunes en les initiant aux joies de la recherche, puis de la récolte et enfin de la préparation. Mais aussi et surtout en leur apprenant à faire attention, à toujours demander aux adultes, en leur montrant que les plantes ne sont pas toutes bonnes, soit parce toxiques soit parce que les toucher peut laisser de mauvais souvenirs (comme avec les orties). Je suis toujours impressionné à quel point, dès 5 ou 6 ans (voire même plus tôt), ces informations sont absorbées, retenues et utilisées à bon escient. Le fait de préparer puis de déguster ensemble doit également y être pour quelque chose en permettant de fixer les souvenir.

Aux moins jeunes, que ce soit avec le livre que je viens de publier, avec ce blog ou encore à l’occasion de sorties. Pour l’instant restreintes à des amis, j’espère pouvoir étendre un peu plus le cercle des participants lorsque mon emploi du temps professionnel me le permettra (j’exerce un métier qui n’a strictement rien à voir avec le sujet du blog). La préparation de ce genre de chose prend en effet plus de temps qu’il n’y parait, ne serait-ce que pour la recherche d’une salle à la fois capable d’héberger un groupe et dotée d’une vraie cuisine.

 

Partager et échanger :

Avec d’autres blogueurs branchés sur la même thématique, comme Citronvert et Colibri avec lesquels nous sommes passés du virtuel au réel il y a maintenant quelques mois.

Avec les personnes rencontrées sur place. Car bien souvent, les glaneurs suscitent la curiosité et on se rend compte dans les discussions que presque tout le monde se souvient d’une tante qui cueillaient les pissenlits, d’un grand-père qui gardaient jalousement secret quelques coins à champignons particulièrement fertiles ou encore d’une grand-mère qui avait l’habitude de préparer sa soupe aux orties.

Avec les personnes rencontrées à l’étranger (j’ai un métier qui m’a donné l’occasion de pas mal voyager) qui ont souvent elles aussi ce genre de souvenir, modulé par quelques différences culturelles rendant les choses encore plus intéressantes.

Ou tout simplement avec les compagnons de ballade du jour comme ce fut le cas hier avec Citronvert et Sandrine.

Le premier, comme moi, totalement branché « bouffe » et ayant communiqué le virus à ses enfants, la seconde plutôt intéressée par les propriétés médicinales et cosmétiques. Résultat : là où les deux mangeurs imaginaient des beignets en observant de la consoude, Sandrine pensait cataplasme cicatrisant ; là ou Sandrine pensait infusion drainante devant les premières feuilles de reine des près, je pensais déjà aux fleurs et à une bonne petite crème renversée. Point commun aux trois : séance photos à chaque fois !

 

Bilan de la récolte du jour : Un panier plein d’orties, de belles pointes de consoude encore en bouton, une bonne quantité de jets de houblon, quelques rares pointes de tamier (ou « répountchou » pour les gens du Sud-Ouest) et de bryone, de jeunes branches de berce et après une dernière escale dans un de mes coins secrets, les premières aspergettes de l’année.

 

 
 
 
 
 

 

De bas en haut et de gauche à droite :

 - Jeunes pointes de tamier (dioscorea communis) ou répountchou dans le Sud-Ouest. Attention, seules les jeunes pousses sont comestibles, la plante devient toxique en vieillisant et tout particulièrement ses fruits.

 - Pousse de bryone dioïque (bryonia dioica), cucurbitacée sauvage, ses fruits sont très toxiques et les pousses doivent être consommées avec modération.

 - Houblon (humulus lupulus), dont les feuilles ressemblent comme deux gouttes d'eau à celles de la vigne, à la différence que celles du houblon sont extrêmement rèches.

 - Asperge des bois (Ornithogalum pyrenaicum), ornithogale des Pyrénées ou encore aspergette. Mieux vaut la trouver sauvage car elle atteint des prix prohibitifs sur les marchés.

 - Consoude officinale (symphytum officinale), pour manger, ou pour soigner.

 - Berce sphondyle (heracleum sphondylium) ou grande berce, la petite feuille centrale qu'on voit sur la photo est parfaite pour les beignets.

 

En cuisine, les jeunes feuilles au bout des branches de berce ont été mises de côté avec les pointes de consoude pour faire des beignets (pour lesquels j’avais préparé la pâte à l’avance). Après avoir pelé les branches (la plante est extrêmement velue), nous les avons mises de côté pour préparer un sauté avec les aspergettes. Blanchis séparément, hachés grossièrement, le houblon, les orties, le tamier et la bryone ont été utilisés pour composer 3 omelettes : la première avec les 3 lianes (tamier, bryone, houblon) avait une légère amertume apportée par le tamier et la bryone, mais atténuée par la sauce aux huitres et l’œuf, mélangés avant la cuisson ainsi qu’un demi-oignon revenu ; la seconde uniquement avec le houblon et toujours le même mélange œuf / sauce aux huitres ; la dernière avec les orties dans un mélange œuf / crème et petit « plus » de M. Citronvert, un demi bouillon cube émietté.


Sauté d'aspergettes et de berce

 

Avec quelques spaghettis accompagnés d’une délicieuse sauce préparée à l’avance par Citronvert pour compléter le tout, et quelques pâtisseries amenées par Sandrine, on ne peut pas dire que nous manquions de quoi que ce soit !

Du coup, vu les restes, tout le monde est reparti avec son « doggy-bag » !

 

La seule recette que je détaillerai aujourd’hui, c’est celle de la pâte des beignets qui était à la fois légère et croustillante. Elle peut être utilisée pour d'autres plantes sauvages comme l'armoise, sans doute ma préférée... Les proportions sont de mémoire car j’ajuste toujours la quantité des liquides en fonction de la consistante de la pâte.

 

Pâte à beignets pour plantes sauvages

Ingrédients :

  • 100g de farine de riz (attention, surtout pas de riz gluant)
  • 200g de farine de blé
  • 2 œufs
  • 20cl de lait
  • 30cl de bière (si possible non filtrée à fermentation naturelle)
  • Une bonne pincée de sel

Préparation :

  • Mélanger les deux farines et le sel
  • Ajouter les œufs et le lait et mélanger pour obtenir un appareil homogène (ajouter un peu de bière si c’est trop épais)
  • Finir en incorporant délicatement la bière (minimiser la perte de gaz)
  • Filmer et placer au réfrigérateur pendant trois heures

Quelques petits conseils :

Sortir l’appareil au dernier moment (plus l’appareil est froid lors de la friture, plus le beignet sera croustillant). Pour la friture, penser à bien essorer les plantes avant de les plonger dans la pâte à beignet puis de les faire frire car l’eau ne fait pas bon ménage avec l’huile lorsqu’elle est très chaude (crépitement, projections etc.).
Pour y tremper ces beignets, Citronvert nous a improvisé une sauce toute simple, mais qui relève bien le tout : un mélange de vinaigre balsamique et de sauce soja...

 

Et puis j'ai failli oublier l'infusion digestive que Sandrine nous a préparée en utilisant mes réserves d'aromatiques. Dans le mélange, il y avait du serpolet, du calament à grandes fleurs, des graines de fenouil (sauvages tous les trois), de la citronnelle, de la fleur d'hibiscus, du poivre et de la cardamome. Un cocktail très sympathique dont j'espère avoir repris sans erreur la liste des composants...

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