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mercredi 18 avril 2018

Verdure

C'est parfois (souvent ?) avec les recettes les plus simples qu'on profite le mieux des plantes sauvages. En ce qui concerne celles dont on utilise la verdure, il est une préparation qui fait merveille avec presque toutes, et c'est encore en Asie qu'il faut aller la chercher, cette fois-ci au Japon.

Le principe de base :
  • On blanchit la verdure : on l'ébouillante quelques minutes dans de l'eau salée avant de les égoutter puis de les plonger immédiatement dans de l'eau glacée. Ça stoppe immédiatement la cuisson et ça permet aussi de garder un beau vert bien appétissant.
  • On égoutte bien, voire on presse pour évacuer autant d'eau que possible.
  • On dresse dans l'assiette puis on arrose d'un peu de sauce soja sucrée et d'un filet d'huile de sésame.
  • On finit juste par quelques pincées de graines de sésame blanc.
Et c'est tout !

Pour cette fois-ci, je me suis concentré sur 3 plantes de saison :

Déjà vues avec l'article précédent ([ici]): Les marguerites (leucanthemum vulgare). Le fait de les blanchir un bonne minute (pas plus) va atténuer leur puissance aromatique. C'est donc la manière idéale de les préparer pour celles et ceux qui les trouvent trop fortes crues, en salade.

Le colza (brassica napus), du genre botanique des choux (brassica), on retrouve sans ambiguïté cette parenté dans son goût. Il faut à tout prix éviter les cultures qui utilisent généralement de nombreux produits phytosanitaires et se concentrer sur les spécimens naturalisés, qui ne sont pas trop rares dans les régions où la plante est cultivée. Il suffit d'observer les bords de route (déconseillés pour la cueillette) pour s'en rendre compte. Les sommités encore en bouton sont les meilleures ; encore meilleures lorsque la tige est bien charnue et qu'elle casse net. Avant de les blanchir (3 minutes, vinaigrer un peu l'eau si vous trouvez le colza trop amer), il vaut mieux peler la partie charnue des tiges, coriace et fibreuse.

Houblon (humulus lupulus). Cette liane fréquente les coins plutôt humides et buissonnants. Au printemps, ses pousses partent à l'assaut des hauteurs en s'enroulant autour de tous les supports qu'elles trouvent sur leur chemin, y compris des congénères. Il en résulte parfois de véritables torsades où une dizaine de lianes peuvent se retrouver entremêlées. Ses poils courts et rêches lui confèrent un toucher rugueux, y compris sur ses feuilles dont la forme rappelle exactement celles de la vigne. Ce sont les jeunes extrémités que l'on cueille (les 20 derniers centimètres). En les blanchissant 3 minutes, le côté rugueux est atténué et ne pose aucun problème à la dégustation, tout en conservant un peu de croquant.

Et voilà ce que ça donne :
A gauche, la marguerite, au centre, le colza, et à droite, le houblon.
Tous sont excellents avec des saveurs très différentes, mais impossible de dire lequel des 3 je préfère !

mardi 19 mai 2015

Une bonne surprise

S'il y a une chose à laquelle je ne m'attendais pas hier soir lorsque je me suis rapidement préparé un repas avec mes cueillettes du week-end, c'est de publier la recette de ce qui, à l'origine, devait plus tenir du gloubiboulga (pour les moins de 30 ans, voir [ici]) que d'une préparation élaborée sciemment. Mais voilà :
  Après une première bouchée : Hum... c'est pas mal.
  Après une seconde bouchée : Miam... c'est bon !
  Après une troisième bouchée : Miam miam... c'est même très bon !
  Après encore quelques bouchées : Miam miam miam miam miam miam ... Argh ! Yenapu !

Du coup, j'ai rempilé ce soir pour fixer la recette, prendre des photos et bien entendu... en déguster à nouveau.

Omelette aux aspergettes, houblon, orties, et égopode


Ingrédients (plat pour 2) :
  • Une petite poignée (de 50 à 75g) de pousses de houblon
  • 1 bouquet d'aspergettes (entre 100 et 150g)
  • 2 poignées (100g environ) de feuilles d'orties
  • Quelques feuilles d'égopode (20g environ) avec leur pétiole (on peut aussi, comme je l'ai fait, prendre des hampes florale pas trop avancées et encore tendres, elles sont très parfumées)
  • 4 œufs
  • 10cl de mirin (vin de riz sucré), essentiel pour le goût final
  • Huile de tournesol
  • Sel
Préparation :
  • Hacher rapidement les feuilles d'orties (pas besoin que cela soit trop fin)
  • Réserver les têtes des aspergettes
  • Récupérer les queues des aspergettes et débiter en petits tronçons d'un à deux centimètres avec les pousses de houblon
  • Verser un peu d'huile au fond d'une poêle sur feu moyen
  • Lorsque l'huile est bien chaude, ajouter les orties, les pousses de houblon et les queues d'aspergettes
  • Laisser cuire une ou deux minutes en remuant régulièrement
  • Mouiller ensuite avec 5cl de mirin et continuer la cuisson sans oublier de remuer régulièrement
  • Lorsque le mélange s'assèche, ajouter les têtes des aspergettes et à nouveau 5cl de mirin
  • Lorsque le mélange s'assèche à nouveau, incorporer l'égopode finement haché
  • Casser les œufs dans un grand bol, les saler, puis les battre en omelette pour obtenir un appareil bien mousseux
  • Verser immédiatement dans la poêle pour que le liquide se répartisse de manière homogène
  • Laisser cuire l'omelette sans la retourner
  • Lorsque le fond de l'omelette se tient bien (mais avant qu'il ne brûle), rabattre deux côtés opposés vers le centre et retourner le tout
  • Cuire encore un peu mais pas trop (personnellement, je préfère ce type d'omelette baveuse, car je trouve que c'est ainsi que le goût des plantes est le mieux mis en valeur).

Pour les plantes utilisées :
Ortie (urtica dioica ici). Quelques risques de confusions visuelles avec des lamiers (comestibles eux-aussi), mais il suffit de s'y frotter pour faire la différence. La partie à cueillir est celle visible sur la photo, c'est à dire les quelques paires de feuilles du sommet. En dessous la tige devient rapidement beaucoup trop coriace.
Asperge des bois, aspergette ou encore ornithogale des Pyrénées (ornithogalum pyrenaicum, syn. loncomelos pyrenaicus). On l'appelle parfois à tort "asperge sauvage", mais ce n'est pas une asperge. Ses épis floraux encore en bouton sont un délice. Sur cette photo, il s'agit vraiment d'un tout jeune spécimen, mais les hampes florales peuvent dépasser le mètre. On coupe la tige au niveau le plus bas où elle se casse net (pas d'arrachage), ce qui en général donne des tiges d'environ 20cm.
Egopode podagraire ou herbe aux goutteux (aegopodium podagraria). Plante très aromatique rappelant tantôt le persil, tantôt la carotte, tantôt d'autres de ses cousins et cousines de la famille des apiacées. Les principaux risques de confusion sont avec le maceron et l'angélique, deux autres apiacées comestibles. Mais attention, car la famille compte aussi beaucoup de toxiques, donc certaines sont mortelles.
Houblon (humulus lupulus). Avec ses feuilles dont les contours rappellent ceux de la vigne, mais dont le toucher est très rugueux, il est difficile de confondre cette liane avec une autre. Les parties que j'utilise dans la recette d'aujourd'hui sont les pointes exploratrices, comme celle qu'on distingue nettement sur la photo. En général, à cette période, je prélève les 20 à 30 derniers centimètres qui sont tendres et gorgés d'eau.

jeudi 2 mai 2013

Sauté de liane en liane

Et non, il ne s'agit pas d'une faute d'orthographe. Certes, le blog n'en est pas exempt (loin de là), mais c'est bien du « sauté » dont je veux parler, celui dont le Larousse donne la définition suivante : « apprêt à base de morceaux de viande ou de légumes, que l'on fait sauter à feu vif dans un corps gras ».

Puisque la définition vous donne la recette, je vais me concentrer sur les plantes utilisées : les lianes.

Bon nombre d'entre-elles ont entamé leur pousse il y a quelques jours, voire même semaines, et parmi elle, quelques-unes sont comestibles... mais attention, « comestible » ne veux pas dire « sans risque ».

Prenez la clématite des haies par exemple. Cette liane est probablement la plus fréquente et la plus facilement observable en France, ne serait-ce que par les longues et épaisses cordes sèches tortueuses qu'elle laisse pendre d'années en années dans les haies ou les forêts épaisses.
Et bien sous son air inoffensif (certains enfants utilisent ce « bois fumant » en guise de cigarette), la clématite des haies, outre un peu de saponine, contient aussi des substances pouvant induire, au contact de la plante, des brûlures sur la peau des personnes sensibles (dermatites).
Sachant cela, elle parait tout de suite moins attractive. Mais passés ces « petits » inconvénients et moyennant la bonne préparation (une simple cuisson à l'eau), elle peut devenir un remarquable légume, à la saveur douce et légèrement amère, à condition de ne pas en abuser et de ne consommer que les jeunes pousses.
Pousse de clématite des haies (clematis vitalba) avec à sa droite des vestiges
d'akènes de l'année dernière. Bien que paraissant mortes en plein hiver, le printemps
révèle que beaucoup des lianes de clématite sont toujours vivantes et vigoureuses,
laissant apparaître de jeunes pousses d'une couleurs vert argenté.

Mais pour passer de liane en liane, il en faut plusieurs. La seconde est généralement plus discrète au début du printemps, époque à laquelle elle n'a pas encore eu le temps de déployer ses feuilles en forme de cœurs. Pour l'instant, les pousses du tamier ont plus l'air de fines asperges vertes. C'est justement la bonne période pour les cueillir. Bien que traditionnellement consommés dans le sud-ouest, les fameux « respounchous » contiennent eux aussi de la saponine, les rendant très irritants pour les muqueuses s'il ne sont pas correctement préparé. Là encore, une simple cuisson à l'eau suffit. La plante gardera toutefois une certaine amertume, empêchant de la déguster sans accompagnement.
Pousse de tamier (tamus communis) ou « herbe aux femmes battues » (à cause des
propriétés anti-ecchymotiques de ses racines en application externe). A ce stade, et
globalement tant que les fleurs n'ont pas fait leur apparition, les 20 à 30 derniers
centimètres de ces pousses peuvent être consommés une fois cuites à l'eau.
Attention, les fruits, eux, sont très toxiques.

Et puis pourquoi s'arrêter là ?
Il y a aussi la bryone, cette cucurbitacée sauvage (la seule qu'on trouve en France) également nommée « navet du diable » car une trentaine de baies (des sortes de mini-courges rouges de la même taille que les groseilles) suffisent pour tuer un homme adulte. Là encore, pour profiter de la douce saveur de courge des jeunes pousses, il faudra préalablement les cuire à l'eau et éviter toute consommation abusive.
Pousse de bryone dioïque (bryonia dioica). La forme des feuilles couvertes de
poils et les « tortillons » sont assez caractéristiques. Avec cette plante aussi, les 20 à 30
derniers centimètres des pousses peuvent être consommés une fois cuites à l'eau.
Attention, les fruits, eux, sont extrêmement toxiques.

Enfin, un dernier pour la route, plus « soft » celui-là : le houblon, dont on connait plus les cônes pour l'amertume qu'ils apportent à la bière. Mais ses pousses, les « jets » sont aussi consommables. Dénuées d'amertume, elles ont une intéressante saveur qui évoque la résine. Seul petit bémol, une consommation excessive peut provoquer des troubles comme par exemple des maux de tête.
Houblon (humulus lupulus). Ses pousses gorgées d'eau montent à un rythme effréné,
s'entortillant les unes autour des autres. La texture râpeuse des feuilles ainsi que leur
forme en « feuille de vigne » sont les caractéristiques les plus marquantes
permettant de l'identifier.

Alors voilà, après avoir cuit séparément à l'eau mes quatre lianes (de 1 minutes pour les plus fragiles à 3 minutes pour les plus résistantes), je le ai juste fait sauter dans un peu d'huile d'olive avec quelques morceau de chorizo et de l'ail (pétioles d'ail des ours pour moi, j'en ai plein, j'en profite !). Quelques copeaux de parmesan rajoutés à la fin et voilà une très belle entrée pleine de saveurs.


dimanche 21 avril 2013

De l’opportunisme d'une salade

Alors qu'en forêt, les arbres commencent enfin se couvrir de belles feuilles vert tendre...

Les jets de houblons ont enfin fait leur apparition, gorgés de l'eau des récentes averses, ces lianes se lancent à l’assaut des branches ou de tout autre support à leur portée, fusse-t'il un congénère...
Quelques mois avant de former les cônes dont le parfum amère aromatise la bière,
le houblon (humulus lupulus) commence sa vie de liane sous forme de pousses exploratrices
(les jets). Bien que leur toucher soit rugueux, une fois cuites, ces tiges constituent un légume
de choix. Un indice pour le reconnaître : ses feuilles ont le même aspect que celles de la
vigne, mais elles ont une texture râpeuse.

De son côté, l'ail des ours continue sa croissance. Les boutons sont maintenant bien sortis et avec un tel temps, les fleurs ne devraient pas tarder.
Ail des ours (allium ursinum). La période de récolte des boutons est très courte, alors quand
on a la chance d'en trouver... on ne se fait pas prier pour les ramasser. Qu'ils soient préparés en
pickles comme des câpres, qu'on les fasse sauter au beurre comme accompagnement ou
qu'on les intègre à une salade, ces boutons-là, c'est de la bombe !

Salade de pousses
de houblon et
boutons d'ail
des ours

Ingrédients :
  • Plein de pousses de houblon (les 20 derniers centimètres environs)
  • Un bouquet de fleurs d'ail des ours en bouton avec leurs longues tiges
Préparation :
  • Ébouillanter les pousses de houblons pendant 2 minutes avant de les transférer dans de l'eau très froide et de bien les égoutter
  • Ébouillanter séparément les tiges et les boutons d'ail des ours (30 secondes dans les deux cas) pour les plonger ensuite dans de l'eau très froide et bien les égoutter
  • Passer quelques coups de couteau dans les jets de houblons pour qu'il ne soient pas trop long
  • Les mélanger aux tiges d'ail hachées en brunoise ainsi qu'aux boutons (les conserver entiers)
  • Assaisonner à votre convenance (huile d'olive, vinaigre, sel et poivre par exemple)


lundi 21 mai 2012

Et si on mélangeait tout ?

Quelques pointes de houblon.


Une douzaine de mini brocolis.


Une poignée de respounchous.


Autant de pousses de navet du diable.


Une petite botte d'asperges des bois.


Bien laver chacune des plantes.

Mettre de côté les aspergettes et blanchir rapidement mais séparément les autres plantes. En profiter pour le faire aussi avec quelques morceaux de carotte. Bien les égoutter avant de les jeter dans un wok avec un fond d'huile bien chaude. Ajouter alors les aspergettes, deux gousses d'ail écrasées, quelques gouttes de sauce soja, de mirin et de vinaigre ainsi qu'une pincée de sucre. Cuire trois minutes sur feu vif et servir...


C'est tout ...
... et c'est bon !

(*) : Bryone et tamier sont deux plantes non dénuées de toxicité (celle-ci s'accentue avec l'age) et ne peuvent être consommées que modérément (jeunes pousses). Les racines sont toxiques et les fruits le sont encore plus.

jeudi 29 mars 2012

... et premiers jets

Depuis plusieurs années, je cherchais le moment où j'aurai l'opportunité de cueillir des pousses de houblon au moment de leur sortie : les fameux « jets » de houblon qui se vendent à pris d'or en Belgique et dans le nord de la France.

Du houblon (humulus lupulus), on connaît surtout les cônes qui donnent à la bière sont goût si particulier ainsi que son amertume. On passera rapidement sur les propriétés galactogènes et anaphrodisiaques de la plante pour se concentrer sur l'utilisation culinaire de cette liane comestible. Tous les printemps, j'en prépare régulièrement, me contentant des pointes exploratrices de la plante déjà bien développée, lorsqu'elle est facile à repérer et à distinguer du reste des végétaux. Celles-ci constituent un excellent légume, utilisable par exemple en remplacement de haricots verts.

Mais les vrais « jets », ce sont les toutes jeunes pousses, tout juste sorties de terre, encore blanches car encore dénuées de chlorophylle. Depuis le début du mois de mars, je me rend le plus souvent possible dans un coin repéré depuis plusieurs années où le houblon pousse à foison. A chaque fois, je fouille le sol au pied des torsades formées par les lianes de l'année précédente, espérant tomber sur de jeunes pousses.

Les jeunes pousses sont enfin là, mais qu'elles fassent un ou trente centimètres, aucune ne présentait l'aspect incolore auquel je m'attendais. Quelle déception de constater que les « jets » tels qu'on les trouve en ce moment dans les marchés belges nécessitent l'intervention humaine ou le hasard d'une croissance à l’abri de la lumière pour avoir l'aspect d'asperges blanches, en version miniature.

Malgré la déception, je ne me suis pas fait prier pour cueillir ces jeunes pousses. Comparées aux extrémités plus avancées des lianes de houblon, la principale différence est la fermeté : elles sont nettement plus croquantes tout en étant très peu fibreuses. Gustativement parlant, je ne vois pas réellement de différence.

Pour changer de l'ail des ours (dont j'use et abuse en ce moment), j'ai également récolté plusieurs pieds d'ail sauvage, probablement de l'ail des champs (allium oleraceum), qu'on a souvent tendance à appeler « ciboulette sauvage ». Ses feuilles tubulaires sont très caractéristiques, ainsi que l'odeur aillée, bien entendu. La plante étant très commune et poussant généralement en grand nombre, cela ne pose aucun problème d'en cueillir quelques pieds entiers avec le bulbe. Cuit, le goût de celui-ci est presque sucré, rappelant un peu le poireau.

Pour cette première utilisation de l'année de ces deux incontournables de la cuisine sauvage, je suis parti sur des rouleaux un peu dans le même genre de ce que j'avais déjà fait l'an dernier (ici). J'ai commencé par blanchir l'ail (plante entière, du bulbe à l'extrémité des feuilles) et les pousses de houblon (5 minutes pour l'ail, 3 pour le houblon). J'ai haché le vert de l'ail et gardé des plus gros segments du blanc et j'ai étalé le tout avec le houblon sur les deux tiers d'une feuille de nori (algue japonaise servant à faire les maki). J'ai ensuite étalé au dessus deux feuilles de riz (celles servant à faire les nem), roulé le tout en serrant bien, puis découpé des rondelles. Pour accompagner tout ça, j'ai fait une sorte de vinaigrette avec de la sauce soja, de la poudre de wasabi, du vinaigre de riz et d'un peu de sucre.


lundi 2 mai 2011

Une histoire de partage ...

Découvrir, faire découvrir, partager et échanger : ça résume assez bien les raisons pour lesquelles je m’intéresse aux plantes sauvages comestibles.

 

Découvrir :

En cherchant sans cesse de nouvelles espèces, de nouvelles saveurs ou tout simplement de nouvelles recettes.
Avec la variété que propose la nature, on a l’impression que c’est sans fin (tout bien réfléchi, ce n'est peut-être pas qu'une impression). Depuis maintenant 3 bonnes années que ce blog existe, plus de 150 plantes, champignons et algues abordés, sans compter celles testées mais mises de côté (gustativement insatisfaisantes, recettes ratées, absence de photo), je suis toujours impressionné de continuer à faire de belles découvertes (comme la dentaire du billet précédent). Il y a sans doute de quoi écrire encore plusieurs livres sans tarir le sujet !

 

Faire découvrir :

Aux plus jeunes en les initiant aux joies de la recherche, puis de la récolte et enfin de la préparation. Mais aussi et surtout en leur apprenant à faire attention, à toujours demander aux adultes, en leur montrant que les plantes ne sont pas toutes bonnes, soit parce toxiques soit parce que les toucher peut laisser de mauvais souvenirs (comme avec les orties). Je suis toujours impressionné à quel point, dès 5 ou 6 ans (voire même plus tôt), ces informations sont absorbées, retenues et utilisées à bon escient. Le fait de préparer puis de déguster ensemble doit également y être pour quelque chose en permettant de fixer les souvenir.

Aux moins jeunes, que ce soit avec le livre que je viens de publier, avec ce blog ou encore à l’occasion de sorties. Pour l’instant restreintes à des amis, j’espère pouvoir étendre un peu plus le cercle des participants lorsque mon emploi du temps professionnel me le permettra (j’exerce un métier qui n’a strictement rien à voir avec le sujet du blog). La préparation de ce genre de chose prend en effet plus de temps qu’il n’y parait, ne serait-ce que pour la recherche d’une salle à la fois capable d’héberger un groupe et dotée d’une vraie cuisine.

 

Partager et échanger :

Avec d’autres blogueurs branchés sur la même thématique, comme Citronvert et Colibri avec lesquels nous sommes passés du virtuel au réel il y a maintenant quelques mois.

Avec les personnes rencontrées sur place. Car bien souvent, les glaneurs suscitent la curiosité et on se rend compte dans les discussions que presque tout le monde se souvient d’une tante qui cueillaient les pissenlits, d’un grand-père qui gardaient jalousement secret quelques coins à champignons particulièrement fertiles ou encore d’une grand-mère qui avait l’habitude de préparer sa soupe aux orties.

Avec les personnes rencontrées à l’étranger (j’ai un métier qui m’a donné l’occasion de pas mal voyager) qui ont souvent elles aussi ce genre de souvenir, modulé par quelques différences culturelles rendant les choses encore plus intéressantes.

Ou tout simplement avec les compagnons de ballade du jour comme ce fut le cas hier avec Citronvert et Sandrine.

Le premier, comme moi, totalement branché « bouffe » et ayant communiqué le virus à ses enfants, la seconde plutôt intéressée par les propriétés médicinales et cosmétiques. Résultat : là où les deux mangeurs imaginaient des beignets en observant de la consoude, Sandrine pensait cataplasme cicatrisant ; là ou Sandrine pensait infusion drainante devant les premières feuilles de reine des près, je pensais déjà aux fleurs et à une bonne petite crème renversée. Point commun aux trois : séance photos à chaque fois !

 

Bilan de la récolte du jour : Un panier plein d’orties, de belles pointes de consoude encore en bouton, une bonne quantité de jets de houblon, quelques rares pointes de tamier (ou « répountchou » pour les gens du Sud-Ouest) et de bryone, de jeunes branches de berce et après une dernière escale dans un de mes coins secrets, les premières aspergettes de l’année.

 

 
 
 
 
 

 

De bas en haut et de gauche à droite :

 - Jeunes pointes de tamier (dioscorea communis) ou répountchou dans le Sud-Ouest. Attention, seules les jeunes pousses sont comestibles, la plante devient toxique en vieillisant et tout particulièrement ses fruits.

 - Pousse de bryone dioïque (bryonia dioica), cucurbitacée sauvage, ses fruits sont très toxiques et les pousses doivent être consommées avec modération.

 - Houblon (humulus lupulus), dont les feuilles ressemblent comme deux gouttes d'eau à celles de la vigne, à la différence que celles du houblon sont extrêmement rèches.

 - Asperge des bois (Ornithogalum pyrenaicum), ornithogale des Pyrénées ou encore aspergette. Mieux vaut la trouver sauvage car elle atteint des prix prohibitifs sur les marchés.

 - Consoude officinale (symphytum officinale), pour manger, ou pour soigner.

 - Berce sphondyle (heracleum sphondylium) ou grande berce, la petite feuille centrale qu'on voit sur la photo est parfaite pour les beignets.

 

En cuisine, les jeunes feuilles au bout des branches de berce ont été mises de côté avec les pointes de consoude pour faire des beignets (pour lesquels j’avais préparé la pâte à l’avance). Après avoir pelé les branches (la plante est extrêmement velue), nous les avons mises de côté pour préparer un sauté avec les aspergettes. Blanchis séparément, hachés grossièrement, le houblon, les orties, le tamier et la bryone ont été utilisés pour composer 3 omelettes : la première avec les 3 lianes (tamier, bryone, houblon) avait une légère amertume apportée par le tamier et la bryone, mais atténuée par la sauce aux huitres et l’œuf, mélangés avant la cuisson ainsi qu’un demi-oignon revenu ; la seconde uniquement avec le houblon et toujours le même mélange œuf / sauce aux huitres ; la dernière avec les orties dans un mélange œuf / crème et petit « plus » de M. Citronvert, un demi bouillon cube émietté.


Sauté d'aspergettes et de berce

 

Avec quelques spaghettis accompagnés d’une délicieuse sauce préparée à l’avance par Citronvert pour compléter le tout, et quelques pâtisseries amenées par Sandrine, on ne peut pas dire que nous manquions de quoi que ce soit !

Du coup, vu les restes, tout le monde est reparti avec son « doggy-bag » !

 

La seule recette que je détaillerai aujourd’hui, c’est celle de la pâte des beignets qui était à la fois légère et croustillante. Elle peut être utilisée pour d'autres plantes sauvages comme l'armoise, sans doute ma préférée... Les proportions sont de mémoire car j’ajuste toujours la quantité des liquides en fonction de la consistante de la pâte.

 

Pâte à beignets pour plantes sauvages

Ingrédients :

  • 100g de farine de riz (attention, surtout pas de riz gluant)
  • 200g de farine de blé
  • 2 œufs
  • 20cl de lait
  • 30cl de bière (si possible non filtrée à fermentation naturelle)
  • Une bonne pincée de sel

Préparation :

  • Mélanger les deux farines et le sel
  • Ajouter les œufs et le lait et mélanger pour obtenir un appareil homogène (ajouter un peu de bière si c’est trop épais)
  • Finir en incorporant délicatement la bière (minimiser la perte de gaz)
  • Filmer et placer au réfrigérateur pendant trois heures

Quelques petits conseils :

Sortir l’appareil au dernier moment (plus l’appareil est froid lors de la friture, plus le beignet sera croustillant). Pour la friture, penser à bien essorer les plantes avant de les plonger dans la pâte à beignet puis de les faire frire car l’eau ne fait pas bon ménage avec l’huile lorsqu’elle est très chaude (crépitement, projections etc.).
Pour y tremper ces beignets, Citronvert nous a improvisé une sauce toute simple, mais qui relève bien le tout : un mélange de vinaigre balsamique et de sauce soja...

 

Et puis j'ai failli oublier l'infusion digestive que Sandrine nous a préparée en utilisant mes réserves d'aromatiques. Dans le mélange, il y avait du serpolet, du calament à grandes fleurs, des graines de fenouil (sauvages tous les trois), de la citronnelle, de la fleur d'hibiscus, du poivre et de la cardamome. Un cocktail très sympathique dont j'espère avoir repris sans erreur la liste des composants...

mercredi 13 avril 2011

Pousse pousse

Ca part tellement dans tous les sens que j’ai l’impression de passer à côté de plein de choses. Là où une semaine plus tôt, rien ne semblait vouloir pousser, c’est maintenant la foire d’empoigne pour savoir qui profitera au mieux du soleil.
J’ai failli rater la renoué du Japon (objet d’un prochain billet), pareil avec la passerage drave (lepidium draba) dont les fleurs commencent déjà à s’ouvrir. Elle ne mérite son surnom de « brocoli sauvage » que pendant le peu de temps au cours duquel les boutons floraux forment une boule évoquant une version miniature du « légume ». Une fois écloses, les fleurs forment de véritables nuages floconneux, mais c’est trop tard pour la récolte (hormis pour une utilisation décorative).


Comme la passerage drave ne pousse jamais seule, et même souvent en groupes denses, on arrive assez rapidement à prélever une quantité susceptible de remplir quelques assiettes.

Un peu moins grégaire, et plus petite, sa cousine l’arabette hérissée (arabis hirsuta) met un peu plus de temps à pousser, laissant le temps de prélever la partie supérieure de la tige principale, avant floraison. On retrouve un peu de la passerage dans la forme des feuilles, mais aussi en bouche, avec une saveur légèrement piquante.


Plus de temps aussi avec le houblon (humulus lupulus) dont les jets mettent du temps à attendre les hautes branches des arbres auxquels ils s’accrochent. Mais plus on attend, plus ils sont fermes et fibreux, et donc moins agréable à déguster.


Ce serait dommage, car ces pousses gorgées de sève au goût légèrement résineux gagnent réellement à être connues.



Makis végétaux aux pousses d’arabette, passerage et houblon
Ingrédients :
  • Pousses d’arbette hérissée et de passerage drave (le haut des tiges florales non écloses)
  • Pousses de houblon (les 20 derniers centimètres)
  • Feuilles de nori
  • Riz
  • Mirin
Préparation :
  • Lancer la cuisson du riz en prenant soin de verser un petit verre de mirin dans l’eau de cuisson
  • Pendant ce temps, blanchir les plantes (2 minutes dans de l’eau bouillante salée, puis plongées dans de l’eau glacée)
  • Bien les égoutter
  • Lorsque le riz est bien cuit (il doit être collant), le laisser refroidir quelques minutes
  • Couper les feuilles de nori en bandeaux de 8cm de large, puis effectuer les opérations suivantes :
  • Etaler du riz sur une moitié de la feuille
  • Placer ensuite les pousses sur toute la largeur de manière à ce que les pointes dépassent des deux côtés
  • Rouler de sorte à ce que le riz entoure les plantes, puis de sorte à ce que le nori finisse d’entourer le rouleau, puis le couper en deux pour obtenir 2 makis

Servi de manière classique avec sauce soja et wasabi, j’ai aussi ajouté un peu de purée de piment doux, autant pour la couleur que pour donner encore plus de relief.

lundi 14 septembre 2009

Fiche : Houblon

Le houblon (humulus lupulus) passe souvent inaperçu. Ses feuilles, dont la forme est identique à celles de la vigne mais avec une texture râpeuse, se mêlent au feuillage des autres lianes et des arbres sur lesquels elles se développent.

Houblon (humulus lupulus) et ses fleurs femelles, les cônes

C’est sans doute en ce moment, à la fin de l’été, qu’on le repère le plus facilement grâce aux cônes vert clair qui ornent ses branches. Il s’agit des fleurs femelles de la plante. Elles exhalent une odeur rappelant un peu la bière. Pour être tout à fait précis, ce serait plutôt la bière qui rappelle l’odeur du houblon car les cônes sont utilisés depuis plus de 10 siècles pour parfumer la boisson et lui donner son amertume.

Cônes de houblon (humulus lupulus)

On peut aussi noter que la résine sécrètée par les cônes (le lupulin) leur confère plusieurs propriétés médicinales :

  • Sédatives : les cônes séchés placés dans un oreiller favorisent le sommeil
  • Galactogènes (favorisant la production de lait chez les mamans) : sans doute grâce aux principes œstrogènes que contient le lupulin
  • Anaphrodisiaques (anti-aphrodisiaques) : sans doute une autre conséquence des principes œstrogènes
  • ...

Avant de parvenir au stade de cônes, le houblon commence sa pousse aérienne au printemps sous forme de « jets ». Ces tiges exploratrices parcourent les environs de la plante avant de s’enrouler autour des supports qu’elles parviennent à trouver. La plante peut alors croitre de plusieurs mètres. Les jets ont une saveur résineuse et légèrement amère. Ils peuvent être consommés crus, apportant un peu de craquant en plus du goût, ou cuits, comme des asperges.

Jets de houblon (humulus lupulus)

Petit détail amusant : le houblon (genre humulus) n'a que le chanvre (genre cannabis) comme unique cousin dans la famille des cannabacées (ou cannabinacées). Les deux font des "cônes", mais c'est pas les mêmes !

Quelques idées de préparation :

Dips sauvages  Pousses de houblon et œufs mimosa à l’égopode

Avec les cônes, on peut aussi tenter ...
 

Poule au pot houblonnée

Ingrédients :

Poule au pot houblonnée
  • 1 poule vidée (1,5 kg)
  • 800g de carottes
  • 600g de navets
  • 1 poireau
  • 15cl de crème
  • 30g à 40g de beurre
  • 30g à 40g de farine
  • Une quarantaine de cônes de houblon séchés
  • Sel et poivre

Préparation :

  • Laver et éplucher les légumes
  • Les placer dans une cocote (pas un autocuiseur) avec la poule et couvrir le tout d'eau
  • Saler, poivrer
  • Amener le tout à ébullition et écumer si nécessaire
  • Cuire à couvert pendant une heure sur feu doux
  • Prélever le bouillon, en laissant environ 1/4 au fond de la cocotte (la garder couverte pour maintenir au chaud et éviter le dessèchement de la poule)
  • Verser le bouillon dans une casserole avec la crème
  • Amener le tout à ébullition
  • Couper le feu, ajouter les cônes et laisser infuser pendant 3 minutes
  • Faire fondre le beurre dans une casserole (quantité à ajuster selon le volume de bouillon)
  • Ajouter la farine (autant que de beurre) et la cuire en remuant pendant environ une minute
  • Hors du feu, verser l'infusion filtrée, tout en fouettant vigoureusement
  • Replacer sur feu doux et cuire tout en remuant
  • On peut éventuellement finir de lisser la sauce avec une noix de beurre
  • Il ne reste plus qu'à dresser...

Note : Le terme "tenter" n'est pas choisi au hasard car cette recette ne plaira pas forcément à tout le monde à cause de l'amertume du houblon. La crème vient un peu la casser sans la neutraliser complètement. L'acidité de quelques gouttes de citron pourrait sans doute encore l'atténuer, mais probablement au détriment du goût « houbloné ».

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