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mardi 16 mars 2021

Chou printanier

Le printemps a beau ne commencer officiellement que ce week-end, dans la réalité il est déjà là depuis quelques temps et avec lui arrivent plein de délicieuses plantes sauvages. Et cette année, pas de confinement, donc il était impensable pour moi de rater la montée du colza, et encore moins celle de l'ail des ours.


Je viens d'ailleurs de prendre conscience que plus on se dirige vers l'ouest de la France et moins l'ail des ours est présent. Malgré tout, cela ne m'a pas empêché de trouver un premier coin et même d'en faire ma première récolte depuis mon déménagement en Bretagne. Si vous aussi vous cherchez votre coin, orientez vos recherches en ciblant les sous-bois frais et humides, si possible en bordure d'un ruisseau, d'une rivière ou d'un étang.


Ail des ours (allium ursinum).
Attention : ne pas confondre ses délicieuses feuilles avec celles très toxiques du muguet. Le meilleur moyen pour ne pas se tromper avant floraison : l'odeur d'ail qui ne manquera pas de chatouiller vos narines aussitôt que vous manipulerez les feuilles de l'ail des ours. Une fois les fleurs présentes, les clochettes du muguet et leur parfum ôteront tout doute (si toutefois il en restait).

Concernant le colza, dans une région agricole telle que la Bretagne où il est cultivé assez fréquemment, il n'est pas rare d'en trouver en dehors des champs, malheureusement, c'est souvent en bordure des routes où il vaudra mieux éviter de le récolter. Mais il existe certains endroits où il est naturalisé et où on peut donc le retrouver d'une année sur l'autre, à l'abri des nombreux traitements phytosanitaires avec lesquels les champs sont régulièrement traités. Et quand on a la chance de connaitre un tel coin, on y passe tous les ans au printemps pour faire le plein.

Colza ou canola (brassica napus).
Ses fleurs jaunes à 4 pétales en croix lui valent parfois d'être confondus avec la moutarde (un autre chou), mais la couleur "vert de gris" des feuilles du colza permettent de l'en distinguer assez facilement.

Du colza, beaucoup n'en connaissent que l'huile. Mais ce chou (car oui, c'est un chou) peut aussi être cuisiné : comme au Japon, juste blanchi avec un peu de sauce soja et d'huile de sésame, comme en Italie à la manière des "cime di rapa", comme au Portugal à la manière des "grelos" ou tout simplement en suivant votre inspiration du moment.

Pour l'utiliser en légume, on récolte les 20 à 30 derniers centimètres des plants dont les inflorescences sont encore en boutons : La tige doit casser net à la torsion sans être fibreuse. La plante étant naturellement amère, il est préférable de les blanchir (5 minutes suffisent) avant de les utiliser d'une manière ou d'une autre.

Colza à la pomme de terre et à l'ail des ours

Dans mon cas, j'ai utilisé cette recette pour accompagner un peu de poitrine de porc découpée en fine lamelles. Au final, avec le colza faisant office de chou, l'ail des ours faisant office de poireau, les patates et le porc, on retrouve les ingrédients de base de beaucoup de potées.

Ingrédients pour 4 (accompagnement):

  • 300g de pommes de terre
  • 200g de tiges de colza
  • 50g de feuilles d'ail des ours
  • Sel et poivre

Préparation :

  • Bien cuire les pommes de terre à l'eau ou à la vapeur
  • Et parallèle, plonger les tiges de colza pendant 5 minutes dans de l'eau bouillante avant de bien les égoutter
  • Découper les feuilles d'ail des ours en fines lanières
  • Emietter grossièrement les pommes de terre
  • Verser tous les ingrédients dans une poêle avec un fond d'huile d'olive sur feu vif
  • Continuer la cuisson tout en remuer pendant 5 minutes
  • Saler, poivrer, servir


dimanche 12 mai 2019

Beignets de plantes sauvages (2/3)

A l'origine, j'étais parti pour ne poster que 2 articles consacrés au beignets de plantes sauvages. Un premier, consacré au salé a été posté il y a maintenant quelques jours (ici). Le second devait à l'origine être destiné au sucré, mais suite à une récolte très intéressante, ce sont finalement 3 articles que je vais consacrer au beignets.

Après une telle série, j'aurai définitivement eu ma dose de friture pour le mois de mai !

Donc, aujourd'hui, on continue sur le salé, mais en changeant de plantes, en utilisant celles trouvées hier sur la côte normande ou à ses abords.

Ail rose (allium roseum).
C'est en principe une espèce plus méridionale mais on le trouve de-ci, de-là le long des côtes jusqu'en Normandie. Il pousse rarement seul comme on le voit sur la photo. Ses fleurs sont idéales pour la décoration comestible des plats salés car son goût d'ail est assez prononcé. Il l'est encore plus dans les petites bulbilles regroupées à la base des fleurs. Ce sont justement ces bulbilles qui font tout l'intérêt d'une préparation en beignets. Pour mieux en profiter, il ne faut surtout pas les séparer mais les garder avec l'inflorescence complète ainsi qu'un peu de tige.
Attention : espèce protégée en Aquitaine.

 
Ail des ours (allium ursinum).
Celui-là, on ne le présente plus. Mais c'est maintenant la fin de saison pour lui. Il reste pourtant intéressant, non plus pour ses feuilles ou ses fleurs, mais pour ses fruits. Encore verts, ceux-ci ont l'aspect de 3 billes collées les unes aux autres. Égrainés dans une salade, ils lui donnent une touche aillée discrète jusqu'au moment où on croque dedans... Cuits en beignets (inflorescence complète), ils prennent un goût d'ail confit légèrement sucré, un délice.

Passerage drave (lepidium draba, syn. cardaria draba).
Bien que souvent nommé "brocoli sauvage", il s'agit d'une espèce différente du vrai brocoli (brassica oleracea var. italica). Il forme des bouquets beaucoup plus petits, mais on retrouve indéniablement un goût familier. Ce sont malheureusement les derniers de l'année : la plupart des fleurs sont maintenant toutes ouvertes et il devient difficile de trouver des inflorescences encore fermées. Si vous en trouvez, pour les beignets, ce sont les 5 à 10 derniers centimètres des sommités qu'il faut prendre (longueur à ajuster selon la tendreté de la tige) avec quelques feuilles. 

Moutarde noire (brassica nigra syn. sinapis nigra).
Avec la moutarde des champs (sinapis arvensis), c'est une des espèces de moutarde qu'on trouve le plus souvent. Pour les distinguer, il faut d'une part observer les poils (sur toute la plante pour la moutarde des champs, uniquement à la base pour la moutarde noir) et les feuilles supérieures (sessiles, c'est à dire sans pétiole pour la moutarde des champs, pétiolées pour la moutarde noire). Pour les beignets, comme pour la passerage (une cousine) ce sont les inflorescences en bouton qu'il faut utiliser avec une dizaine de centimètres de tige et quelques feuilles.

Bette maritime (beta vulgaris subsp. maritima).
Cette plante est un des trésors de presque toutes les côtes françaises. Elle a en plus l'avantage de faire de belles grandes feuilles, ce qui permet d'avoir très rapidement de belles récoltes. C'est le moment pour elle de monter et bientôt apparaîtront des épis floraux tout vert. Mais juste avant, les sommités regroupent ensemble des jeunes feuilles bien tendres sur une tige épaisse et charnue. Elles permettent d'obtenir des beignes pleins avec de la matière et un goût... de betterave. Ce qui n'a rien d'étonnant puisque c'est la même espèce.

Aster maritime (aster tripolium).
Sur la cette photo, ci-dessus, ses feuilles sont mélangées avec celle de l'obione (alimione portulacoides syn. atriplex portulacoides). Celles de l'aster sont les plus grandes et les plus vertes alors que celles de l'obione ont une couleur argentée. On trouve souvent ces deux espèces ensemble dans les vasières des estuaires avec d'autres halophytes comme la salicorne. En été, l'aster maritime produit des inflorescences aux pétales (ligules) bleu-ciel et au cœur jaune lumineux.
On appelle aussi cette plante "oreille de cochon" à cause de l'aspect de ses feuilles. Charnues et très parfumées, elles sont idéales pour les beignets. A noter qu'on peut aussi les frire nature pour obtenir des chips (photo de droite, cliquer pour agrandir) avec l'avantage de ne pas avoir besoin d'assaisonnement puisque la plante est déjà salée naturellement. Mais il faudra prendre soin de bien sécher les feuilles car la moindre goutte d'eau restante se traduirait par des projections d'huile bouillante.
Attention : espèce protégée en Aquitaine.

Robinier faux-acacia (robinia pseudoacacia).
Plutôt utilisées pour les beignets sucrés, les grappes de ses fleurs peuvent aussi être utilisées en version salée. Dans ce cas, je préfère des inflorescences encore en boutons avec un parfum floral plus léger mais une fine saveur aux évocations de petits poids ou de fèves (deux plantes de la même famille que le robinier, celle des fabacées). Mais attention, chez le robinier, seules les fleurs sont comestibles cuites (crues, elles peuvent être émétiques). Tout le reste de la plante (bois, écorce, graines) est toxique. Attention également aux risques de confusion : le cytise a des fleurs en grappes comme celles du robinier mais celles-ci sont très toxiques, même cuites. Mais fort heureusement, celles-ci sont jaunes. Par ailleurs, les feuilles du cytise sont trifoliolés (comme les trèfles) alors que celles du robinier sont beaucoup plus allongées et comptent de nombreuses folioles (9 ou plus).

Pour la pâte, je ne change pas une recette qui marche et j'ai donc utilisé la même recette que pour l'article précédent, à savoir :
Mélanger 100g de fécule ou de farine de riz, 100g de farine T45, un œuf, une bonne pincée de sel et un à deux verres d'eau glacée (quantité à ajuster pour obtenir une pâte fluide mais bien nappante). Pour obtenir des beignets bien croustillants, la pâte devra être maintenue la plus froide possible (dans un bain-Marie de glaçons par exemple).
Pour leur réalisation, il suffira alors de plonger les plantes dans la pâte à beignets, de s'assurer qu'elles sont bien nappées en intégralité et finalement de les plonger dans une huile de friture à 170°C. Après trois minutes dans le bain bouillant, on les met à égoutter sur une feuille de papier absorbant pour les consommer rapidement, encore chauds et bien croustillant...

Et voilà ce que ça donne (pour mieux se repérer, chaque beignet est accompagné de la plante brute utilisée pour le faire) :


Ces beignets sont tous excellents, mais je dois avouer que les aulx, la bette et l'aster maritime sont mes préférés !

mardi 26 mars 2019

Boulettes

Un rapide article pour une idée de recette permettant d'utiliser une plante sauvage de saison (l'ail des ours), un légume cultivé de saison lui aussi (l'asperge) et quelques restes de l'hiver (pelures de légumes et pain sec).

En ce tout début de printemps, après un hiver plutôt doux, l'ail des ours est déjà bien développé. Les premiers boutons floraux font d'ores et déjà leur apparition alors qu'en général, dans mes coins, il faut attendre le mois d'avril pour les voir pointer.

A cause de leur forme, les feuilles de l'ail des ours (allium ursinum) pourraient être facilement prises pour celles du muguet. L'odorat suffit à distinguer les deux plantes : l'ail des ours a en effet une odeur aillée (quoi de plus normal pour un ail), d'autant plus forte qu'on le malaxe un peu. Les feuilles de muguet quant à elles sont presque inodores.
Les asperges elles-aussi sont en avance. Les premières françaises sont sur les étals depuis deux semaines environ. Ce sont en général des cultivars de l'espèce "officinalis". Mais on peut aussi la trouver à l'état sauvage. Elle présente alors un aspect identique aux asperges vertes qu'on peut acheter dans le commerce, mais avec une hampe généralement plus fine. Quant aux asperges blanches ou violettes, bien qu'il s'agisse aussi de la même espèce, il faudrait un extraordinaire concours de circonstances pour en trouver des sauvages : L'absence de pigmentation est due au fait qu'elles sont récoltées alors qu'elles sont encore totalement enterrées. Leur goût est plus fin et plus sucré, ce qui convient mieux pour la recette à venir.

Mes restes hivernaux sont des pelures issues de légumes que j'avais bien lavés avant de les éplucher. Je les fait sécher au fur et à mesure que j'en produit pour ensuite les réduire en poudre avec un simple moulin à café. Il y a de la carotte, du panais, des fanes de céleri, mais aussi un peu de navet et de poireau. Je rajoute aussi quelques algues séchées (généralement de la laitue de mer) qui sert d'exhausteur de goût et donne une touche marine. Quelques cuillères à soupe du mélange dans un litre d'eau bouillante et on obtient un bouillon de légumes bien parfumé.

Boulettes à l'ail des ours,
asperges croquantes et bouillon de légumes


Ingrédients :
  • Feuilles d'ail des ours
  • Asperges blanches
  • Bouillon de légumes
  • Pain sec
  • Oeuf
  • Un peu de lait entier
  • Un peu de farine
  • Sel et poivre
Préparation :
  • Réduire le pain sec en miettes les plus fines possibles
  • Mélanger ces miettes avec de l’œuf (1 à 2 œufs pour 100g de pain sec, selon pain), du lait (2 cuillères à soupe pour 100g de pain sec) et de la farine (1 cuillère à soupe rase pour 100g de pain sec)
  • Hacher finement des feuilles d'ail des ours pour les incorporer à l'appareil (quantité selon les goûts) avec sel et poivre
  • Laisser reposer un heure au frais
  • Former ensuite des boulettes de 2 cm de diamètre et les rouler dans un peu de farine
  • Peler les asperges et les débiter en segment de 2 à 3 cm
  • Émincer quelques feuilles d'ail des ours en fines lamelles
  • Porter le bouillon à ébullition et y plonger les boulettes
  • Lorsque celles-ci remontent à la surface, ajouter l'ail des ours émincé et les segments d'asperge
  • Couper le feu et servir rapidement pour conserver le croquant des asperges
  • Ajouter une pincé de sel si nécessaire
Note : Un bouillon de volaille peut également être utilisé à la place du bouillon de légumes. L'un comme l'autre s'associent très bien avec l'ail et les asperges.

samedi 18 mars 2017

Naturalisé

Je continue d'utiliser la petite réserve que je me suis constitué avec les feuilles d'ail des ours récoltées il y a maintenant une semaine. Stockées au frais, roulées dans un linge humide, on peut les conserver une semaine sans problème, voire plus.

En pesto, en roulade, en tarte, en cake ou simplement dans une salade pour ne citer que quelques utilisations faites dans ce blog, les idées ne manquent pas pour l'utiliser ! Cette fois-ci, c'est avec un cousin du choux que je l'ai associé : le colza.

Les choux ainsi que leurs cousins et cousines forment au printemps de jeunes pousses très intéressantes à cuisiner lorsque les inflorescences en bouton font leur apparition. Les choux-fleurs, brocolis et autres choux Romanesco sont ceux qu'on a l'habitude d'utiliser. Mais nombreuses sont les autres espèces de la famille des brassicacées (anciennement crucifères), qu'elles soient cultivées ou sauvages, à présenter le même intérêt. En Italie, il y a les "cime di rapa" ou les "rapini", au Portugal, ce sont les "grelos", en Chine, on utilise le "kai lan" (芥兰) et au Japon, ce sont les "nanohana" (菜の花).

Cultivé, le colza est une des plantes pour lesquelles le plus grand nombre de produits phytosanitaires sont utilisés. Il faut donc se méfier des endroit où ou le cueille.

Le colza que je cueille ici n'est pas tout à fait sauvage, mais il n'est pas non plus cultivé. Il s'agit plutôt de la descendance naturalisée d'anciennes cultures qui ont pu se propager naturellement d'années en années. Au mois d'avril, il n'est d'ailleurs pas rare de voir de nombreuses fleurs jaunes de colza le long des routes et des chemins, parfois à des kilomètres des premiers champs où il est cultivé, à l'abris des produits phytosanitaires et même de la pollution quand on a de la chance...

J'essaie de trouver les spécimens avec les plus belles inflorescences, denses en boutons, à la tige épaisse et charnue. Je la casse à une quinzaine de centimètres de leur sommet par simple torsion, ce qui permet en plus de s'assurer que la tige n'est pas trop fibreuse. Pour les préparer, je les blanchie toujours 5 petites minutes car leur amertume est assez prononcée et ce traitement permet de les adoucir un peu. Ensuite, il suffit de s'inspirer des différentes utilisations faites de leurs cousins (cime di rapa, grelos, kai lan, nanohana etc.).

Aujourd'hui, je fais dans la simplicité : un peu d'huile d'olive chaude au fond d'une grande poêle, j'ajoute une bonne poignée d'ail des ours haché que je fais suer, puis le colza blanchi et enfin des spaghettis cuites tout juste "al-dente" égouttées rapidement (de telle sorte qu'il reste un peu d'eau de cuisson pour la finir la cuisson). Sel, poivre, les plus gourmands ajouteront un peu de parmesan... C'est simple, c'est bon !
Note: pour mieux identifier le colza en pleine nature et ne pas le confondre avec de la moutarde par exemple, je vous invite à lire également cet autre article du blog.

jeudi 16 mars 2017

Reprise

Ça y est, après plusieurs mois d'inactivité bloguesque, c'est la reprise !

Et en Mars, il y a un incontournable ici en forêt : l'ail des ours.
Membre du genre allium, au même titre que le poireau (a. porrum), l'oignon (a. cepa) ou simplement l'ail cultivé (a. sativum), il partage avec eux ce goût et cet odeur si caractéristiques. Pour les débutants, l'odeur est d'ailleurs le meilleur moyen pour ne pas confondre ses feuilles avec celles du muguet (qui elles sont toxiques).

Pour trouver l'ail des ours (allium ursinum), il faut chercher dans les endroits frais, ombragés et humides. Il aime particulièrement les abords de ruisseaux forestiers.

En mars, c'est aussi l'époque où les plumeaux du fenouil sauvage prennent leur essor. Ces feuilles à la structure très fine et hyper-ramifiée sont très aromatiques (comme toutes les parties de la plante d'ailleurs). On retrouve chez elles une douce saveur anisée qui permet elle aussi d'ôter tout doute à qui hésiterait quant à l'identification de la plante.

Au pied de ce fenouil sauvage (foeniculum vulgare), on ne trouve qu'une base légèrement enflée qui malgré la différence de taille peut s'utiliser de la même manière que le gros bulbe du fenouil cultivé. Moins aromatique que les feuilles, cette partie compense par son goût sucré.

Filet mignon roulé à l'ail des ours
Tartine gratinée d'ail des ours et fenouil


Ingrédients (pour 4):
  • 600g de filet mignon de porc
  • De nombreuses feuilles bien développées d'ail des ours (en compter une vingtaine par personne) pour les roulés
  • Une bonne poignée de feuilles d'ail des ours pour les tartines
  • Une demi baguette
  • Un peu de fromage râpé (parmesan, emmental, ou comme pour moi: du comté)
  • Quelques jeunes plumeaux de fenouil
  • Huile d'olive
  • Sel et poivre
Préparation:
  • Débarasser les feuilles d'ail des ours de leur pétioles (les mettre de côté)
  • Sur 4 feuilles de papier cuisson(*), placer d'abord une rangée de feuilles côte à côte telle sorte qu'elles se chevauchent et couvrent une moitié du papier
  • Ajouter une nouvelle épaisseur de feuilles perpendiculairement aux premières
  • Découper le filet en 4 parts de taille égale et les placer sur un bord du papier couvert de feuilles
  • Saler, poivrer, arroser d'un filet d'huile d'olive
  • Rouler complètement le papier autour de chaque morceau de viande, rabattre les bords et ficeler le tout afin que chaque rouleau reste bien fermé
  • Enfourner pour 30 minutes à 180°C
  • Pendant ce temps, hacher très finement le reste d'ail des ours (avec les pétioles mis de côté), le mélanger avec un peu d'huile d'olive et une pincée de sel
  • Répartir généreusement sur 4 tartines découpées dans la demi baguette
  • Couvrir avec un peu de fromage râpé et mettre au four position grill aussitôt que les rouleaux ont été sortis
  • Sortir les tartines lorsque le fromage a bien gratiné
  • Déballer les rouleaux au dernier moment
  • Servir en parsemant le tout avec les plumeaux de fenouil préalablement hachés
Ce mode de cuisson du filet mignon évite qu'il ne s'assèche tout en permettant à l'ail des ours d'infuser sa saveur : un délice !

(*) Les feuilles de papier cuisson doivent être 2 fois plus larges que les morceaux de filet mignon et longues de 2 à 3 fois leur circonférence.

jeudi 12 mai 2016

Virée normande

C'était il y a presque deux semaines, dans le Calvados, entre Honfleur et Bayeux, et depuis ... pas le temps d'écrire quoi que ce soit jusqu'aujourd'hui où je peux enfin trouver un peu de répit.
Je m'empresse donc de poster cet article (et deux recettes par la même occasion) dans un style "express" ... avant que toutes les plantes dont je parle ne deviennent complètement hors saison !

Il n'y a guère plus qu'en montagne qu'on peut encore trouver de l'ail des ours (allium ursinum) qui ne soit pas en fleur. Et même là, les boutons doivent aussi commencer à s'ouvrir. Mais la plante n'en reste pas moins utilisable !

Mais bien que la plupart des fleurs soient écloses, on trouve encore les deniers boutons en cherchant bien... Boutons qui peuvent être utilisés en cuisine, comme on va le voir plus loin. Pour plus de détail sur la plante, je vous laisse parcourir les différents articles du blog qui en parlent, en suivant [ce lien].

En quittant les bois, le paysage s'ouvre et laisse apparaitre de nouvelle plantes, dont la passerage drave (lepidium draba) également connue en tant que "brocoli sauvage". En voyant les inflorescences en boutons avec leur forme presque sphérique et en les goûtant (crues, c'est tout à fait possible), on comprend pourquoi. Avant montée, la passerage est plus difficile à identifier, mais ses feuilles sont très bonnes également. Une fois la montée entamée, on peut encore utiliser ses feuilles mais c'est la partie supérieure de la plante qui attire, là où se trouve l'inflorescence aux allures de mini-brocoli.

On peut aussi trouver de la gesse à feuilles larges (lathyrus latifolius) ou pois vivaces, plante plutôt méridionale, mais s’accommodant volontiers du climat du littoral normand. Actuellement, elle n'a pas encore fleuri et on est donc encore loin du stade où les fruits (des cosses contenant des sortes de "mini petit-pois") peuvent être récoltés (avant maturité). En ce moment, ce sont donc les jeunes extrémités encore bien tendres qui sont utilisables comme légume. On retrouve chez-elles un goût qui évoque à la fois les petits-pois et les fèves (ce qui n'est pas très étonnant, car ce sont des cousins proches). Mais attention, les gesses consommées quotidiennement sur une longue période peuvent être à l'origine d'une maladie neurologique, le lathyrisme. C'est particulièrement le cas avec la gesse cultivée (l. sativus) et de la gesse chiche (l. cicera). A ce stade peu avancé, le pois vicace peut être aisément confondu avec d'autres. Pour cette raison, si on n'est pas certain, il est préférable de prendre son temps, en commençant tout d'abord par repérer des candidates potentielles, puis en les observant sur un cycle annuel complet (permettant au passage d'apprendre à mieux l'identifier), pour ensuite, si c'est la bonne espèce, pouvoir en profiter les années suivantes (ne pas oublier que c'est une vivace). A noter toutefois qu'un des principaux risques de confusion, la gesse des bois (l. sylvestris) peut être utilisée exactement de la même manière. Et quoi qu'il en soit, même en cas de confusion avec une gesse comme la gesse cultivée, une consommation occasionnelle ne poserait pas de problème.

Gesse à feuilles larges(lathyrus latifolius) en fleur (photo prise dans la Drôme, en été) : Grandes fleurs d'un rose vif et pur, tiges ailées, feuilles avec une paire de folioles ovales, etc.

On arrive enfin sur le littoral et là, il est impossible de passer à côté de la bette maritime (betta vulgaris subsp. maritima). Parfois bisannuelle, je la connais plutôt vivace, ce qui lui donne la possibilité de s'étendre de sorte qu'un unique pied peut donner des formations comme celle de la photo. Avec une saveur identique à celle des blettes, elle s'en distingue par des feuilles où le limbe est prédominant et le pétiole relativement fin : tout l'inverse de leurs cousines cultivées. L'avantage de la version sauvage, c'est qu'il n'y a pas besoin de les cuire longtemps pour que les côtes s'attendrissent. En ce moment, la plante monte et on peut même cueillir les extrémités des hampes dont la tige elle-aussi est très tendre après cuisson. 

Pour utiliser l'ail des ours et la bette, rien de plus simple :
  • Blanchir la bette pendant 5 petites minutes dans de l'eau bouillante salée, puis la plonger dans de l'eau glacée pour fixer la cuisson et la couleur
  • Bien l'égoutter, la presser légèrement pour en évacuer l'eau, et réserver
  • Faire chauffer un peu d'huile d'olive au fond d'une poêle,
  • Y jeter une poignée de boutons d'ail des ours pour les laisser revenir sur feu vif quelques minutes sans les colorer
  • Ajouter ensuite la bette grossièrement hachée le temps de l'amener à température
  • Saler, poivrer
  • Utiliser quelques fleurs d'ail des ours pour la déco
L'association ail, bette et huile d'olive marche toujours et donne un plat délicieux aux accents méditerranéens.

Quant à la gesse et la passerage :
  • Dans de l'eau bouillante salée, blanchir les pousses de gesse pendant 5 bonnes minutes et les sommités de passerage pendant 3 minutes, puis les plonger dans de l'eau glacée pour fixer la cuisson et la couleur
  • Bien les égoutter et réserver
  • Faire mousser un peu de beurre dans une poêle
  • Y faire revenir un oignon émincé et dorer quelques rondelles de saucisse de Montbéliard
  • Ajouter les plantes et les cuire encore quelques minutes sur feu vif
  • Assaisonner (attention, la saucisse apporte du sel) et servir rapidement
On retrouve dans ce plat les saveurs familières du chou (passerage) et des pois (gesse). De quoi se régaler avec des sauvages, tout en restant dans un domaine gustatif plus classique.

samedi 27 février 2016

En avance

Et oui, tout est en avance cette année (sauf moi qui tarde trop à poster des articles !)...

Les primevères sont déjà en fleurs depuis le début du mois de janvier. Désormais, on en trouve plus de fanées qu'en bouton...
Primevère commune (primula vulgaris).
Ses feuilles ont un goût aromatique assez puissant qui n'est pas de tous les goûts. Avec l'age, elles deviennent vraiment coriace et prennent de l'amertume, il vaut donc mieux privilégier les plus jeunes, situées au centre de la rosette. Quant aux fleurs, elles ont un délicieux petit goût sucré et font de magnifiques décorations lors du dressage.
Attention : espèce localement protégée.

Les feuilles d'ail des ours sont déjà sorties de terre et sont même bien développées, de quoi commencer les premières cueillettes...
Ail des ours (allium ursinum).
On pourrait le prendre pour du muguet (toxique), mais ce dernier est plus tardif. En cas de doute, il suffit de faire appel à son odorat : alors que les feuilles de muguet sont inodores, celles de l'ail des ours sentent tout simplement l'ail.

Les bulbes du fenouil sauvage sont eux-aussi déjà sortis... et même presque déjà trop avancés pour certains... 
Fenouil commun (foeniculum vulgare).
Bien qu'il s'agisse de la même espèce, l'aspect du fenouil cultivé n'a rien à voir avec celui du fenouil sauvage. C'est en particulier au niveau des "bulbes" que la différence est la plus frappante. Ce renflement à la base de la plante est en fait constitué de pétioles (tiges des feuilles) emboîtés les uns dans les autres. Alors qu'il est très charnu et tendre chez le cultivé, celui de son cousin sauvage est fin, élancé et plus fibreux. Mais il se rattrape avec un parfum anisé bien plus puissant.

Quant à la doucette, ayant bien profité de la douceur exceptionnelle de cet hiver, beaucoup de ses rosettes entament déjà leur montée.
Doucette ou mâche sauvage (valerianella locusta).
Ses tendres et délicates feuilles ont un goût agréable idéal pour les salades. Celle-ci a tout juste commencé à monter : on voit en effet que la rosette à se dédouble. Chaque moitié va donner une tige, qui elles-mêmes vont se dédoubler, etc. jusqu'à l'apparition des inflorescences avec des fleurs minuscules.

Au final, entre les plantes hivernales qui partent trop vite et les printanières qui arrivent à la même vitesse, la salade ci-dessous a pratiquement un mois d'avance !
Doucette, plumeaux de fenouil, fleurs de primevère et ail des ours (feuilles entières pour les besoins de la photo, mais il vaut mieux le hacher et l'utiliser avec parcimonie, car très puissant en goût).

dimanche 10 mai 2015

Fleurs printanières du Vercors et "soupe de sorcière"

Presque un arc-en-ciel de couleurs ...

Gentiane acaule (gentiana acaulis)

Gentiane printanière (gentiana verna)

Scille à deux feuilles (scilla bifolia)

Myosotis retombant (myosotis decumbens)

Gesse printanière (lathyrus vernus)

Erythrone dent de chien (erythrone dens-canis) (*)

Orchis sureau (dactylorhiza sambucina), version rose-rouge

Dentaire à sept folioles (cardamine heptaphylla)

Oxalis petite oseille ou oseille des bois (oxalis acetosella) (*)

Renoncule de Kuepfer (ranunculus kuepferi) (**)

Orchis sureau (dactylorhisa sambucina), version blanc-jaune

Et le vert alors ?!
Et bien le vert, il va tout simplement aller dans la soupe...


Ail victorial (allium victorialis). Ses feuilles rappellent l'ail des ours, mais il s'en distingue en particulier par son port et ses longues hampes florales recourbées vers le bas lorsqu'elles sont en bouton . Bien que non protégé, il est assez rare, et plutôt que le récolter, nous avons opté pour de l'ail des ours (du vrai) présent sur un autre versant : alors qu'en plaine, ses fleurs fanent déjà, ici, les boutons sortent à peine.

Alchémille commune (alchemilla vulgaris). Elle aurait pu faire partie de notre récolte, mais à trop admirer ses colliers de perles, nous avons simplement oublié d'en ramener quelques feuilles avec nous...

Dentaire à sept folioles (cardamine heptaphylla). Celle-ci est encore en bouton et ses feuilles sont toutes tendres. Crue, elle a un goût piquant qui rappelle le cresson et les radis. Cuisinée, elle prend un goût de chou, mais apporte aussi un peu d'amertume (pas trop).

Barbarée commune (barbarea vulgaris) ou herbe de Sainte Barbe. Elle aussi a un goût piquant comme le cresson.

Oseille (rumex acetosa), avec ses feuilles sagittées typiques. Ses belles rosettes nous en ont fait oublier l'égopode (aegopodium podagraria) qui poussait tout autour. D'ici quelques semaines, ce sera l'inverse : seules les hampes florales de l'oseille dépasseront d'un véritable tapis d'égopode.

Chénopode bon-Henri (chenopodium bonus-henricus) : l'épinard des montagnes ! Si la forme typique de ses feuilles et de ses épis floraux ne suffisaient pas à l'identifier, la texture farineuse de ses jeunes feuilles (surtout leur face inférieure) permettent de lever le moindre doute.

Renouée bistorte (bistorta officinalis). On aurait pu la prendre pour une oseille, mais en regardant ses feuilles de plus près, on remarque qu'elles sont composées de deux parties : une partie supérieure de forme plus ou moins triangulaire, puis une partie inférieure qui, après un brusque rétrécissement (la base du triangle) se rétrécie lentement vers la base d'un long pétiole. 

Fenouil des Alpes (aeum athamanticum). Si l'aspect de ses jeunes feuilles ne suffisait pas, il suffit de le frotter dans ses mains pour révéler son incroyable parfum, rappelant à la fois le céleri, l'anis, le fenouil et la livèche.

Avec en plus quelques belles orties grappillées sur le retour, c'est finalement une bien belle récolte que nous avons ramenée ! Pour la préparer, pas de chichi : toutes les feuilles ont été ciselées en fines lanières, perpendiculairement aux fibres, puis placées dans un grand faitout où elles ont été couvertes d"eau...

... Quelques pommes de terres découpées en dés, un peu de sel, une bonne demi-heure de cuisson à feu doux... et notre "soupe de sorcière" était prête !

Notes :
(*) Parmi les fleurs du début de ce billet, on pourra noter que l'érythrone dent de chien et l'oxalis petite oseille sont de bon comestibles (tubercule pour le premier, feuilles et fleurs pour le second). Bien que l'érythone ne soit pas protégé, ce serait dommage de sacrifier une aussi belle fleur.
(**) A ne pas ignorer non plus la toxicité des renoncules d'une manière générale, et donc de la renoncule de Kuepfer.
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